CHAPITRE V
décrète que le pouvoir exécutif justifiera, dans les 24 heures, de la délibération qu'il a dû prendre à l'effet d'arrêter le compte des sommes mises à sa disposition pour dépenses secrètes. {Moniteur du 20 oct. 92.)
Le 26, le député Lindou demande que le pouvoir exécutif soit tenu de déclarer, en exécution du décret prononcé dans une séance précédente, si chaque ministre a rendu le compte de l'emploi des sommes destinées aux dépenses extraordinaires ou secrètes.
Danton. — J'appuie cette proposition, et je rendrai compte, s'il le faut de loute ma vie.
(Moniteur du 28 octobre 92.)
Le 29, Roland monte à la tribune, il vient présenter à l'Assemblée le mémoire qui lui a été demandé, le Moniteur le résume ainsi :
En un mot, corps administratifs sans pouvoirs ; Commune despote; peuple bon, mais trompé; force publique excellente, mais mal commandée; voilà Paris. Faiblesse du corps législatif qui vous a précédé ; délai de la part de la Convention dans quelques dispositions fermes et nécessaires : voilà les causes du mal.
{Moniteur du 30 octobre.— Le Mémoire du ministre est reporté au numéro du 10 novembre suivant.)
Voilà ce qu'on pourrait appeler une réponse jésuitique puisqu'elle n'était là qu'un tableau de ce qu'avait été l'état de Paris lors des événements, de ce qu'il était encore à l'instant où parlait le ministre. Mais était-ce bien là la question? Les couleurs sous lesquelles certains députés patriotes étaient peints sans être nommés, devait nécessairement soulever de violentes répliques ; pendant deux à trois séances ce ne fut que récriminations les plus vives, personnalités les plus offensantes. Le ministre, n'ayant aucun fait positif qui put incriminer Danton, comptait-il sur cette diversion? On pourrait le croire; nous lui en laissons la responsabilité. Quoi qu'il en soit, nous sommes en mesure, on l'a vu par les citations extraites du journal officiel, de prouver que Danton ne s'est pas refusé à donner aux anciens ministres réunis , les éclaircissements suffisants sur les dépenses secrètes qu'il avait
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faites ; c'est tout ce qu'on pouvait exiger de lui ; nous avons droit d'ajouter que si l'enquête n'a pas été poursuivie, c'est que sans doute les documents manquaient encore une fois.
Mais si Roland n'a pas répondu, sa femme dans le mémoire qu'elle a laissé, n'a pas ménagé le texte. Mais pourquoi n'accuser Danton que dftns un livre destiné à n'être lu qu'après la mort des parties, que quand l'inculpé ne serait plus là pour se défendre? Pourquoi n'avoir pas écrit ce précieux document au moment même où nous en sommes de cette histoire, quand Danton disait : « qu'on se lève et qu'on me cite un fait? »
Cette considération seule suffira pour rendre les allégations de la citoyenne Roland suspectes à tout homme de bonne foi, car elle était toute puissante en octobre 1792, c'est elle qui gouvernait; les amis ne lui manquaient pas pour propager la brochure; mais c'est que tout cela n'aurait pas suffi alors comme aujourd'hui ; Danton une fois encore se serait levé, aurait demandé les pièces de conviction; et si l'on se fut contenté de probabilités, tout l'odieux de la calomnie serait retombé sur ses auteurs.
Et maintenant pourquoi hésiterions-nous de citer, sans en soustraire un mot, tous les passages de Y Appel à la postérité, qui se rapportent à la gestion ministérielle de Danton? Madame Roland en appelait à tous les fils de la révolution; puisse notre livre être la réponse définitive que fera la postérité à tous ces mensonges posthumes.
Danton ne laissait guère passer de jours sans venir chez moi ; tantôt c'était pour le conseil, il arrivait un peu avant l'heure et passait dans mon appartement ou s'y arrêtait un peu après, ordinairement avec Fabre d'Églantine; tantôt il venait me demander la soupe, d'autres jours que ceux où j'avais coutume de recevoir, pour s'entretenir de quelques affaires avec Roland.
On ne saurait faire montre de plus de zèle, d'un plus grand amour de la liberté, d'un plus vif désir de s'entendre avec ses collègues pour la servir efficacement. Je regardais cette figure repoussante et atroce, et quoique je me disse bien qu'il ne fallait juger personne sur parole, que je n'étais assurée de rien contre lui, que l'homme le plus honnête devait avoir deux réputations dans un temps de partis, qu'enfin il fallait se défier des apparences, je ne pouvais appliquer l'idée d'un homme de bien sur ce visage. Je n'ai jamais rien vu qui caractérisât si parfaitement l'emportement des passions brutales, et l'audace la plus étonnante, demi voilée par l'air d'une grande jovialité,