‹ DantonChapitre 86 sur 208 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

caractère d'administrateur; je ne signe pas cette commission. — La séance du conseil se prolongea ; les papiers pour les signatures se pressaient sur la (in; Roland s'aperçoit qu'il vient d'apposer la sienne à la suite de celle de tous ses collègues, sur cette commission rejetée qu'on venait de lui glisser; il la biffe et se récrie contre Monge qui, d'un air effaré, lui réplique tout bas c'est Danton qui le veut; si je le refuse, il me dénoncera à la commune, aux Cordcliers et me fera pendre. — Eh bien, moi ministre, je périrai avant de céder à de semblables considérations.

Le porteur de cette commission fut arrêté en Bretagne, par ordre d'un administrateur que sa conduite indisposa , et à qui la signature biffée de Roland avait paru un juste motif d'examiner de près le porteur, il y avait contre lui des plaintes graves; mais c'était à la fin de l'année, lorsque la Montagne prenait ouvertement la défense de tous les anarchistes, et elle fil décréter que Guermeur serait mis en liberté.

Je me suis laissé entraîner par les circonstances ; je reprends la liaison des faits.

Danton et Fabre cessèrent de venir me voir dans les derniers jours d'août; ils ne voulaient pas sans doute s'exposer à des yeux attentifs lorsqu'ils chantaient les matines de septembre, et ils avaient assez jugé ce qu'était Roland

et ses entours

(Appel à l'impartiale postérité.)

Encore une fois pourquoi Servan n'a-t-il pas répondu en octobre 92? Pourquoi les autres ministres n'ont-ils pas répondu ? « C'est, ajoute madame Roland, que Danton avait acquis tant de puissance que ces hommes timides craignaient de l'offenser.» Encore une fois, nous ne sommes qu'en 1792, et chacun sait qu'alors la majorité de la Convention était girondine ; mais pourquoi madame Roland n'a-t-elle pas été plus osée que ces hommes timides? A coup sûr, Roland aurait été pris à partie de répondre pour les inculpations répandues par sa femme. Le fait eut été éclairci.

Voici comme [finit cette affaire. Buzot prit la parole dans les débats que souleva le rapport de Roland , et dit en terminant :

Je conclus à ce que la proposition de Danton soit rejetée et le mémoire du ministre renvoyé à un comité.

Le président met aux voix la proposition.

Robespierre réclama contre une décision précipitée. Le renvoi à la commission des neuf fut néanmoins décrété.

(Moniteur du 31 octobre.)

La réponse qu'avait faite Danton au ministre, avait pu, au

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DANTON (l79â).

reste, déterminer Buzot à présenter sa proposition. Une fois de plus le montagnard demandait que toute défiance cessât, que l'on comprît enfin qu'une grande révolution ne s'opère jamais sans quelques malheurs particuliers ; pour lui, il ne voulait faire aucune personnalité, mais il s'offrait à répondre à toutes celles que l'on voudrait nettement formuler contre lui. On ne pourrait croire à tant de longanimité, si le Moniteur ne l'attestait. Qu'on lise ce qui suit. Danton prit à son tour la parole :

Kt moi aussi je demande que la discussion sur le rapport du ministre soit ajournée à jour lixe. J'ai peine à concevoir comment l'Assemblée hésiterait à fixer décidément à un jour prochain la discussion que nécessite le rapport du ministre. 11 est temps enfin que nous sachions de qui nous sommes les collègues ; il est temps que nos collègues sachent ce qu'ils doivent penser de nous. On ne peut se dissimuler qu'il existe dans l'Assemblée un grand germe

de défiance entre ceux qui la composent Si j'ai dit une vérité que vous

sentez tous, laissez m'en donc tirer les conséquences. Eh bien, ces défiances, il faut qu'elles cessent ; et s'il y a un coupable parmi nous, il faut que vous en fassiez justice. (On applaudit.) Je déclare à la Convention et à la nation entière, que je n'aime point l'individu Marat; je dis avec franchise que j'ai fait l'expérience de son tempérament : non seulement il est volcanique et acariâtre, mais insociable. Après un tel aveu qu'il me soit permis de dire que moi aussi je suis sans parti et sans faction. Si quelqu'un peut prouver

que je liens à une faction, qu'il me confonde à l'instant Si, au contraire,

il est vrai que ma pensée soit à moi, que je sois fortement décidé à mourir plutôt que d'être cause d'un déchirement, ou d'une tendance à un déchirement dans la république, je demande à énoncer ma pensée tout entière sur notre situation politique actuelle.

Sans doute il est beau que la philanthropie, qu'un sentiment d'humanité Tasse gémir le ministre de l'intérieur et tous les grands citoyens sur les malheurs inséparables d'une grande révolution, sans doute on a le droit de réclamer toute la rigueur de la justice nationale contre ceux qui auraient évidemment servi leurs passions particulières au lieu de servir la révolution et la liberté. Mais comment se fait-il qu'un ministre qui ne peut pas ignorer les circonstances qui ont amené les événements dont il vous a entretenus, oublie les principes et les vérités qu'un autre ministre vous a développés sur ces mêmes événements. Rappelez-vons ce que le ministre actuel de la justice vous a dit sur ces malheurs inséparables de la révolution. Je ne ferai point d'autre réponse au minisire de l'intérieur. Si chacun de nous, si tout républicain a le droit d'invoquer la justice contre ceux qui n'auraient excité des troubles révolutionnaires que pour assouvir des vengeances particulières, je dis qu'on ne peut pas se dissimuler non plus que jamais trône n'a clé fracassé sans que ses éclats blessassent quelques bons citoyens ; que jamais révolution complète n'a été opérée sans que cette vaste démolition

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