CHAPITRE V
rament aussi violent. On a vu que Buzot répondit personnellement à ce suprême effort du Montagnard; ce bon mouvement fit honneur à son patriotisme.
Quelquefois Danton formulait d'un mot une motion, mais quel mot ! témoin cette séance où Lepelletier interpelait tous les plus ardents défenseurs de la liberté indéfinie de la presse. Tous se lèvent et s'écrient : et moi aussi. Lors Danton dominant toutes ces voix de sa voix formidable : « La liberté de la presse ou la mort. » Et les applaudissements redoublent.
Et en effet, il n'y avait que ce mot en une telle question, et sous un gouvernement républicain : les principes ne se discutant pas, ils se déclarent.
Et qu'on ne croie pas que s'il fait des avances aux Girondins, ce soit pour se faire pardonner lui-même, pour faire oublier sa gestion ministérielle; car le 9 novembre, il appuyait la mise en accusation d'un ex-ministre.
Ducos avait demandé un décret d'accusation contre Lacoste, ex-ministre, pour connivence avec la cour.
Danton. — Un des membres de celte Assemblée a dit , dans une circonstance bien grave, lors du décret d'accusation contre Delessart, une vérité politique bien précieuse, lia dit qu'il ne fallait pas de preuves judiciaires pour mettre un ministre en accusation. Lacoste n'est plus en place, mais vous avez un grand procès à juger, et il est heureux pour vous d'avoir à confronter au roi un de ses anciens ministres. Que signifie celte distinction faite par Lacoste, entre un contre-révolutionnaire et un homme qui n'aime pas la révolution. Dans la langue de la liberté tout fonctionnaire public qui n'aime pas la révolution, est un traître. (On applaudit.) Certes, je m'étonne que des membres qui crient sans cesse contre les ministres révolutionnaires , qu'ils accusent de ne pas rendre leurs comptes, semblent incliner à l'indulgence pour un ex-ministre évidemment prévaricateur. Lacoste n'a jamais été désigné par les vrais patriotes pour être ministre; il est resté au ministère presque jusqu'au 10 août ; il n'en est sorti que pour avoir une ambassade à Gênes. 11 n'était donc évidemment point haï de la cour. Je souhaite qu'il soit innocent, mais le salut de l'Étal exige que vous vous assuriez de sa personne. J'appuie le décret d'accusation.
(Moniteur du 11 novembres.)
Une anecdote peu importante quant au fond, nous montre que ce n'était pas seulement à l'Assemblée que s'agitaient les
17* DANTON (l79*).
partis, mais au dehors aussi. C'est Bentabolle qui raconte aux Jacobins cette historiette :
Je vais faire part à la société d'un fait qui n'est pas indifférent : hier au boulevard du Temple, devant un café, des dragons de la liberté, au nombre de six cents environ, tous à cheval, le sabre nu à la main, et précédés de trompettes , faisaient retentir les airs d une chanson dont voici le refrain ; je ne le chanterai pas, je le prononcerai : le voici : à la guillotine, Maral, Danton, Robespierre. Ils répétaient ce refrain à plusieurs reprises, et ils criaient
ensuite : vive la nation, vive Roland, point de procès au roi Je vous
demande, citoyens, lorsqu'on voit dépareilles choses, si Ton peut disconvenir qu'il y ait des projets sinistres?
(Journal de la société, n* 295.)
L'assiduité aux séances de la Convention n'empêchait pas Danton d'aller le soir aux Jacobins, avons-nous dit : en voici une nouvelle preuve. Le 19 octobre il est nommé au comité de constitution avec Robespierre et autres.
Le 5 novembre, d'après la motion de M. Fabre d'Églantine, la société arrête qull sera rédigé un mémoire historique de tous les événements de la révolution jusqu'à ce jour, et que cet ouvrage sera envoyé à toutes les sociétés affiliées: les commissaires chargés de la rédaction sont : Fabre d'Églantine. Panis, Tallien, Danton, Chabot, Bazire, Collot d'Uerbois.
(Journal des débats de la société, n # 297.)
Nous ne saurions trop insister sur ces preuves de l'activité de Danton, car elles répondent à cette vague accusation d'indolence politique qui plane encore aujourd'hui sur sa mémoire. Plus une accusation est vague, plus elle est dangereuse, car, ne pouvant être précisée par des faits, on croit pouvoir en conscience y ajouter foi. La calomnie n'est jamais à court de ces moyens dilatoires de perdre un homme.
Brissot qui avait, jusqu'au 10 août, si chaleureusement soutenu Danton dans son journal, ne l'épargne guère depuis cette époque.
Une société inconnue de je ne sais quel village, appelé Fontenoy, a envoyé aux Jacobins de Paris les cendres d'un écrit contenant la lettre de Brissot aux Jacobins... La société-mère a ordonné la mention honorable de la brûlure... — Fontenoy ne serait-il pas dans le voisinage de cette terre de Danton, sur Tachât de laquelle la médisance s'est étendue mal à propos sans doute? — Ce