‹ DantonChapitre 9 sur 208 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

due de l'arrondissement. En quoi je remarquerai que si les principes politiques de ce président, se ressentent trop d'un régime purement démocratique, absolument inadmissible dans une grande ville comme Paris, ils ne sont sûrement point incompatibles avec l'ordre et le bonheur des citoyens pauvres, comme on peut le voir ici. »

Extrait des délibérations du district des Cordeliers

du 7 décembre 89.

L'assemblée du district des Cordeliers vivement affectée de l'état de crise où se trouve la capitale, par la cessation presque absolue de son commerce, ce

qui réduira un grand nombre d'ouvriers dans la dernière misère: arrête

que jusqu'au mois d'avril prochain, tous les citoyens du district seront tenus de payer vingt sols par chaque mois ; il sera libre à tous les citoyens fortunés de se taxer à raison de leurs facultés . . .

Signé, Danton, président.

(Moniteur ùu 13 décembre 89.)

Les observations du rédacteur prouvent qu'à cette époque le Moniteur n'était jamais en avance de patriotisme, il aspirait à devenir la feuille officielle.

Quelques jours après Danton répondait en ces termes : « Ce n'est point M. Danton qui a proposé l'arrêté en faveur des malheureux, c'est M. Bouché Saint-Sauveur. » Puis revenant sur le rédacteur de la protestation du district Sainte-Opportune , et sur ses réflexions , il ajoutait :

Les aristocrates municipaux anti-d'Anton ne tiendraient pas un autre langage, et l'opinion de M. Peuchet (auteur de l'insertion au Moniteur) est semblable à celle de plusieurs membres du district à qui la révolution a causé quelques dommages à leur fortune. Leurs opinions sont assises sur les principes de l'ancien régime; ils ne peuvent entendre parler de liberté, ni des lois émanées de la déclaration des droits de l'homme ; et sans doute que c'est pour cette raison qu'ils ont abandonné leur district, ou, du moins, qu'ils ne s'y montrent pas évidemment.

Comme membre du district , M. Peuchet aurait dû faire et communiquer ses observations à rassemblée ou au bureau, et non pas les publier. On l'aurait entendu avec plaisir. 11 ne me paraît pas raisonnable qu'un membre du district dénonce parles feuilles périodiques, la faute qu'à commise l'assemblée de laquelle il est membre.

Pour s'excuser de cette dénonciation ou publication, il ne faut pas s'appuyer du refus delà parole, MM. le président d'Anton et le vice-président ne la refusent jamais.

{Moniteur du 18 décembre 89.)

La réponse était violente et annonçait qu'il faudrait désormais y regarder à deux fois, avant de s'en prendre personnellement au président du district des Gordeliers. Remarquons bien que ce M. Peuchet était un grand politique du Moniteur, qui prétendait que Paris comptait alors trop de toises de circonférence pour pouvoir jamais être en république; M. Peuchet avait apprit cela dans le contrat social de Rousseau.

M. Peuchet ne tarda pas à prendre sa revanche de la réclamation de Danton, en racontant, avec une douce aigreur, l'anecdote qui suit.

Dans rassemblée des représentants de la commune tenue le 26 décembre, on vit arriver unedéputation du district des Gordeliers présidée par Danton, elle venait observer que les brevets donnés aux officiers de la garde nationale par le maire et visés du commandant général, portaient quelques vices dans la forme et dans les expressions, elle demandait qu'on les changeât.

Le rédacteur du compte rendu ajoute :

La vivacité avec laquelle le député proposa ses réflexions, malgré les réclamations de presque toute la salle, qui pensait avec raison qu'on peut se faire entendre, et même se rendre intéressant quand on a quelque chose d'utile à dire, sans recourir à toute la chaleur des mouvements oratoires, la rapidité de son discours, dis-je, donna lieu à une méprise désagréable. Dans la lecture que lit du brevet M. Danton , il lut, par Monseigneur, etc. Ce mot de Monseigneur parut étrange à toute l'assemblée, appliqué à M. le maire ; et l'on était très disposé à en faire la remarque, lorsque M. Bailly, après avoir entendu avec tranquillité tout ce qui venait d'être lu avec précipitation, prit le brevet et fit lire à M. Danton, par Messieurs (le maire, le commandant général) , véritables expressions du brevet.

Cette méprise excita la rumeur de la salle ; quelques membres proposaient des motions rejettées par l'honnêteté et l'esprit de fraternité qui caractérise l'assemblée ; et, M. Danton justifié par son zèle, il a été arrêté qu'il n'en serait plus question, et qu'on reverrait la forme des brevets. {Moniteur du 29 décembre 89.)

Puisque nous sommes en 89, au moment où d'Orléans fit tant de bruit, pesons bien une des plus graves accusations qui aient été portées contre Danton à propos du duc. C'est Lafayette qui va prendre la parole :

Quant à Danton, bien supérieur à Robespierre, il fut complètement et sciemment dans le parti orléaniste, jusqu'au 5 octobre. Il eut bien plus la confiance du parti que Robespierre, et il la méritait par des talents distingués comme par sa monstrueuse immoralité. On trouve dans nos matériaux

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