‹ DantonChapitre 90 sur 208 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

stitution (Moniteur du 28 avril 93) il se serait convaincu qu'il existait un Dannon; et l'esprit et la forme de ce dernier discours l'auraient averti que c'était évidemment le même député qui avait rédigé la fameuse série de questions, lors du jugement. Comment, quand on a étudié Danton, ne pas reconnaître son style dans chaque phrase? Comment surtout lui imputer aussi légèrement une action opposée à ses principes. En vérité, il faut avoir bien peu apprécié le caractère et le génie du grand conventionnel pour s'être laissé tromper à ce point, pour ne pas avoir été surtout arrêté par la gravité des conclusions qu'il allait hardiment tirer de cet exposé. Ainsi pendant tout une vie politique, soyez conséquent dans tous vos actes et dans toutes vos paroles, soyez logique jusqu'à mourir pour soutenir votre caractère, et, à soixante ans de date, viendra un éditeur qui substituera votre nom à celui d'un autre, viendront des historiens qui diront sur la foi du nouveau texte : vous voyez bien que Danton était un traître à la république puisqu'il demanda le sursis d£ la peine infligée au monarque dans le but évident de le sauver ; vous voyez bien que Danton était payé par la cour, puisqu'il essayait de sauver le roi pour que le parti royaliste ne divulguât pas ses forfaitures! Ces hommes sont bien coupables. (Voir chapitre VII.)

Nous avons dit que Danton était arrivé de Belgique le 14 au soir; dès le 16, il faisait connaître sa façon de penser, afin que nul n'en put douter de bonne foi.

Il s'agissait de savoir comment serait posée la question sur la peine encourue par Louis.

Danton. — La première question qui se présente est de savoir si le décret que vous devez porter sur Louis sera, comme tous les autres rendu à la majorité. On a prétendu que telle était l'importance de cette question , qu'il ne suffisait pas qu'on la vidât dans la forme ordinaire. Je demande pourquoi, quand c'est par une simple majorité qu'on a prononcé sur le sort de la nation entière, quand on n'a pas même pensé à soulever cette question, lorsqu'il s'est agi d'abolir la royauté, on veut prononcer sur le sort d'un individu, d'un conspirateur avec des formes plus sévères et plus solennelles. Nous prononçons, comme représentant par provision la souveraineté. Je demande si, quand une loi pénale est portée contre un individu quelconque, vous renvoyez au peuple, ou si vous avez quelques scrupules à lui donner son exécution immédiate? Je demande si vous n'avez pas voté à la majorité absolue

seulement la république, la guerre ; et je demande si le sang qui coule au milieu des combats ne coule pas définitivement? Les complices de Louis n'ont-ils pas subi immédiatement la peine sans aucun recours au peuple? et en vertu de l'arrêt d'un tribunal extraordinaire? Celui qui a été l'âme de ces complots, mérite-t-il une exception? Vous êtes envoyés par le peuple pour juger le tyran, non pas comme juges proprement dits, mais comme représentants : vous ne pouvez dénaturer votre caractère Redemande qu'on passe à l'ordre du jour sur la proposition de Lchardy ; je me motive et sur les principes, et sur ce que vous avez déjà pris deux délibérations à la simple majorité.

(Moniteur du 20 janvier 93.)

Ce discours donne la mesure de ce qu'il aurait pu dire sur la question générale : Louis Capct, ci-devant roi des Français, est-il coupable de conspiration contre la liberté, oct d'attentat contre la sûreté générale de l'Étal?

Le 17 , Vergniaud, président , annonce qu'il a trouvé sur le bureau une lettre d'un des défenseurs de Louis.

Garan-Coulon. — La lettre des défenseurs de Louis...

Danton. — Je me rappelle qu'au moment où l'on ouvrit l'appel nominal..

Garan-Coulon. — Je n'ai pas fini mon opinion.

Louvbt. — Tu n'es pas encore roi, Danton... (Violents murmures.) Quel est donc ce privilège?... Je demande que le premier qui interrompra soit rappelé à l'ordre.

Danton. — Je demande que l'insolent qui dit que je ne suis pas encore roi, soit rappelé à l'ordreavec censure... Puisque Garan prétend avoir demandé la parole avant moi, je la lui cède.

Garan croit qu'on ne peut pas refuser d'entendre les défenseurs de Louis.

Danton. — Je consens à ce que les défenseurs de Louis soient entendus après que le décret aura été prononcé, persuadé qu'ils n'ont rien de nouveau à vous apprendre, et qu'ils ne vous apportent point de pièces capables de faire changer votre détermination. (Le président avait encore annoncé une lettre du ministre d'Espagne.)

Quant à l'Espagne, je l'avouerai, je suis étonné de l'audace d'une puissance qui ne craint pas de prétendre à exercer son influence sur votre délibération. Si tout le monde était de mon avis, on voterait à l'instant pour cela seul : la guerre à l'Espagne. Quoi ! on ne reconnaît pas notre République et Ton veut lui dicter des lois? On ne la reconnaît pas, et l'on veut lui imposer des conditions, participer au jugement que ses représentants vont rendre? Cependant qu'on entende, si on le veut cet ambassadeur, mais que le président lui fasse une réponse digne du peuple dont il sera l'organe et qu'il lui dise que les vainqueurs de Jemmapes ne démentiront pas la gloire qu'ils ont acquise, et qu'ils retrouveront, pour exterminer tous les rois de l'Europe conjurés contre nous, les forces qui déjà les ont fait vaincre. Défiez-vous,

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