‹ DantonChapitre 91 sur 208 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

citoyens, des machinations qu'on ne va cesser d'employer pour vous faire changer de détermination ; on ne négligera aucun moyen; tantôt, pour obtenir des délais, on prétextera un motif politique; tantôt une négociation importante ou a entreprendre ou prête à terminer. Rejetez, rejetez, citoyens, toute proposition honteuse; point de transaction avec la tyrannie; soyez dignes du peuple qui vous a donné sa confiance et qui jugerait ses représentants, si ses représentants Pavaient trahi.

(Moniteur du 21 janvier 93.)

Le 18, on avait agité la question de sursis. Tallien avait demandé qu'on la décidât sans désemparer par raison d'humanité.

Danton. — J'appuie la question préalable sur la proposition de Tallien. On vous a parlé d'humanité, mais on en a réclamé les droits d'une manière dérisoire... 11 ne faut pas décréter, en sommeillant, les plus chers intérêts de la patrie. Je déclare que ce ne sera ni par la lassitude, ni par la terreur qu'on parviendra à entraîner la Convention nationale à statuer dans la précipitation d'une délibération irréfléchie, sur une question à laquelle la vie d'un homme et le salut public sont également attachés. Vous avez appris le danger des délibérations soudaines; et certes, pour la question qui nous occupe, vous avez besoin d'être préparés par des méditations profondément suivies. La question qui vous reste à résoudre est une des plus importantes, un de vos membres, Thomas Payne a une opinion importante à vous communiquer. Peut-être ne sera-l-il pas sans importance d'apprendre de lui ce qu'en Angleterre.... (des murmures s'élèvent.) Je n'examine point comment on peut flatter le peuple, en adulant en lui un sentiment qui n'est peut-être que celui d'une curiosité atroce. Les véritables amis du peuple sont , à mes \eux, ceux qui veulent prendre toutes les mesures nécessaires pour que le sang du peuple ne coule pas, que la source de ses larmes soit tarie, que son opinion soit ramenée aux véritables principes de la morale, de la justice et de la raison. Je demande donc la question préalable sur la proposition de Tallien ; et que, si cette proposition était mise aux voix, elle ne pût l'être que par l'appel nominal.

(Moniteur du 22 janvier 93.;

Quand on appela le vote sur cette question : sera-t-il sursis à l'exécution du jugement de Louis Capet? Oui ou non. Danton répondit : Non. {Moniteur du 24 janvier.)

Comment après ïe non si formel , a-t-on pu se tromper sur ses intentions? C'est que, répliquent les historiens, Danton voulut se faire pardonner sa tentative infructueuse. C'est justement cette explication qui rend condamnable au premier chef l'erreur des modernes. Ainsi jusqu'au 13 janvier le plus auda-

cieux des Montagnards aurait demandé la mise à mort immédiate du roi, mais le 14 il aurait essayé de faire voter pour le sursis, et le 16, il aurait redemandé plus violemment que jamais l'application immédiate de la peine. Pauvre Danton !

Troisième appel nominal.

Quelle peine Louis, ci-devant roi des Français a-t-il encourue?

Danton. — Je ne suis point de cetle foule d'hommes d'Étal qui ignorent qu'on ne compose point avec les tyrans, qui ignorent qu'on ne frappe les rois qu'à la têle, qui ignorent qu'on ne doit rien attendre de ceux de l'Europe que par l£ force de nos armes. Je vote pour la mort du tyran. (Moniteur du ÎO janvier 93 .J

Revenons aux calomnies contemporains, elles nous feront oublier les bévues modernes.

On lit dans les mémoires deLafayette, tome 3, page 380 cette note relative au jugement de Louis XVI :

Les Girondins ont particulièrement à se reprocher la mort du roi. Ils ne surent pas gouverner trois jours après le 10 août, et déjà plusieurs d'entre eux tremblaient devant la Commune. Le 7 septembre, on commença à les dénoncer. Ils perdirent de plus en plus leur influence, malgré de grands efforts pour se soutenir. On ne doit pas même leur attribuer L'idée de Vappel au peuple; elle appartient à Danton qui avait dit : « Je sauverai le roi ou je le tuerai. » Cette idée d'appel au peuple réussit aux Jacobins, jusqu'à ce que les Girondins s'en furent emparés pour s'en faire un mérite; ce qui la dépopularisa.

Il serait difficile de prouver que Danton eut dit : je sauverai le roi ; mais il est bien démontré par le Moniteur qu'il a demandé la mort sans appel, sans sursis.

Voici maintenant l'assertion de Molleville.

Quant à Danton, vivement effrayé par une lettre que je lui écrivis le 11 décembre 92, il se fit renvoyer aussitôt en mission à l'armée du Nord pour se soustraire à la dénonciation dont je le menaçais; et il n'aurait pas eu plus de part au jugement du roi, qu'il n'en eût à la discussion qui le précéda, si, contre son attente , ce jugement n'avait pas été retardé de quelques jours. Danton ne revint à Paris, que le 16 janvier 93, c'est à aire le jour du dernier appel nominal sur la peine à infliger au roi. Il fut compté pour l'avis delà mort ; mais déjà le jugement fatal était consommé par les précédents appels nominaux.

(Bertrand de Molleville, note préliminaire de VHistoire de la révolution de France, tome VI.)

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