CHAPITRE V
Il n'y a qu'une réponse à faire à M. le ministre c'est que le Moniteur du 22 février 1794, l re colonne, dit en toutes lettres, à propos du jugement de Lacroix, collègue de Danton dans cette mission :
Le premier décembre 1792, la Convention nomma quatre de ses membres pour aller vérifier les plaintes des Liégeois.
Le 1" janvier la Convention rendit un décret qui rappelait dans son sein un des quatre commissaires pour lui faire part des renseignements qu'ils avaient pu acquérir.
La commission termina son travail le 11 janvier; je fus nommé avec Danton pour le présenter; nous partîmes le 12 et nous arrivâmes le 14. {Moniteur du 23 février 1794.)
Croit-on de bonne foi que si Danton eût été si effrayé, il n'eut pas pu esquiver le retour?
Avant même de se prononcer sur l'affaire du roi, dès son entrée en séance, Danton s'était annoncé par une de ces allocutions qui durent faire pressentir que l'orage allait être terrible. A propos d'une mauvaise comédie intitulée Y Ami des lois, le conseil exécutif avait enjoint aux directeurs des théâtres de ne pas, dans la circonstance actuelle, représenter des pièces qui pourraient occasionner des troubles.
Pétion, dans l'intérêt de la liberté s'était opposé à cette partie de l'arrêt. La discussion avait été reprise par d'autres orateurs.
Danton. - Je l'avouerai, citoyens, je croyais qu'il était d'autres objets qui doivent nous occuper, que la comédie. (Quelques voix : il s'agit de la Liberté.) Oui, il s'agit de la Liberté. Il s'agit de la tragédie que vous devez donner aux nations, il s'agit de faire tomber sous la hache des lois la tête d'un tyran (On murmure,) et non de misérables comédies. Mais puisque vous cassez un arrêt du conseil exécutif, qui défendait déjouer des pièces dangereuses à la tranquillité publique, je soutiens que la conséquence nécessaire de votre décret, est que la responsabilité ne puisse peser sur la municipalité. Je demande donc que la municipalité soit déchargée de sa responsabilité. {Moniteur du 19 janvier 93.)
Nous avons fait Remarquer qu'un des caractères de l'éloquence de Danton, c'était d'aller droit au but, de ne dire que ce qu'il fallait dans la circonstance, et dans le moins de termes possibles. Voilà pourquoi dans un même discours il traite souvent plusieurs questions; témoins celui-ci. Remarquons d'ail-
leurs que depuis six semaines il n'avait assisté aux séances pour cause de mission. C'était, pour ainsi dire, le résumé des réflexions qui l'avaient préoccupé pendant son absence, qu'il donnait cette fois à propos de l'assassinat de Lepelletier, c'étaient déjà des réponses aux accusations que sourdement on avait soulevées contre lui.
Ce qui honore le plus les Français, c'est que dans des moments de vengeance, le peuple ait surtout respecté ses représentants. Que deviendrions nous, si, au milieu des doutes que l'on jette sur une partie de cette assemblée, l'homme qui a péri victime des assassins n'était pas un patriote ! O Lepelletier, ta mort servira la République ; je l'envie, ta mort. Vous demandez pour lui les honneurs du Panthéon ; mais il a déjà recueilli les palmes du martyre de la Liberté. Le moyen d'honorer sa mémoire, c'est de jurer que nous ne nous quitterons pas sans avoir donné une Constitution à la République. Qu'il me sera doux de vous prouver que je suis étranger à toutes les passions !
Je ne suis point l'accusateur de Pétion; à mon sens il eut des torts. Pétion peut avoir été faible ; mais, je l'avoue avec douleur, bientôt la France ne saura plus sur qui reposer sa confiance. Quant aux attentats dont nous avons tous gémi, l'on aurait dû vous dire clairement que nulle puissance n'aurait pu les arrêter. Ils étaient la suite de cette rage révolutionnaire qui animait tous les esprits. Les hommes qui connaissent le mieux ces événements terribles, furent convaincus que ces actes étaient la suite nécessaire de la fureur d'un peuple qui n'avait jamais obtenu justice, J'adjure tous ceux qui me connaissent de dire si je suis un buveur de sang, si je n'ai pas employé tous les moyens de conserver la paix dans le conseil exécutif. Je prends à témoin Rrissot lui-même. N'ai-jc pas montré une extrême déférence pour un vieillard dont le caractère est opiniâtre, cl qui aurait dû au contraire épuiser tous les moyens de douceur pour rétablir le calme? Roland, dont je n'accuse pas les intentions, réputé scélérats tous ceux qui ne partagent pas ses opinions. Je demande pour le bien de la République qu'il ne soit plus ministre ; je désire le salut public, vous ne pouvez suspecter mes intentions. Roland ayant craint d'être frappé d'un mandat dans des temps trop fameux, voit partout des complots; il s'imagine que Paris veut s'attribuer une espèce d'autorité sur les autres communes. C'est là sa grande erreur. 11 a concouru à animer les départements contre Paris qui est la ville de tous. On a demandé une force départementale pour environner la Convention. Eh bien, celte garde n'aura pas plus tôt séjourné dans Paris, qu'elle y prendra l'espcit du peuple. En doutez-vous maintenant? Je puis attester sans acrimonie que j'ai acquis la conviction que Roland a fait circuler des écrits qui disent que Paris veut dominer la République.
Quant aux visites domiciliaires, je m'oppose à cette mesure dans son plein, dans un moment où la nation s'élève avec force contre le bill rendu