‹ DantonChapitre 93 sur 208 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

contre les étrangers ; mais il vous faut un comité" de sûreté générale qui jouisse de la plénitude de votre confiance ; lorsque les deux tiers des membres de ce conseil tiendront les fils d'un complot, qu'ils puissent se faire ouvrir les maisons.

Maintenant que le tyran n'est plus, tournons toute notre énergie, toutes nos agitations vers la guerre. Faisons la guerre à l'Europe. Il faut pour épargner les sueurs et le sang de nos concitoyens, développer la prodigalité nationale. Vos armées ont fait des prodiges dans un moment déplorable, que ne feront-elles pas quand elles seront bien secondées* Chacun de nos soldats croit qu'il vaut deux cents esclaves. Si on leur disait d'aller à Vienne, ils iraient à Vienne ou à la mort. Citoyens, prenez les rênes d'une grande nation, élevez-vous à la hauteur, organisez le ministère, qu'il soit immédiatement nommé par le peuple.

Un autre ministère est entre les mains d'un bon citoyen, mais il passe ses forces; je ne demande pas qu'on le ravisse à ses fonctions, mais qu'elles soient partagées.

Quant à moi, je ne suis pas fait pour venger des passions personnelles, je n'ai que celle de mourir pour mon pays ; je voudrais, au prix de mon sang, rendre à la patrie le défenseur qu'elle a perdu. {Moniteur du 25 janvier 93.)

Le 31 janvier, sur un nouvel ordre de la Convention, il avait dû repartir pour la Belgique; cette fois il laissait sa femme très malade. Les violentes commotions que lui avaient causées les terribles événements dans lesquels avait été mêlé son mari, l'avaient frappée à mort. Le fonctionnaire public avait dû faire encore ce sacrifice à sa patrie, de s'arracher d'auprès de cette femme qu'il aimait tant, pour obéir à l'Assemblée. Ce qu'ils souffrirent tous les deux, elle mourant toute seule, lui la sentant mourir sans pouvoir la vivifier, la réchauffer sur son cœur, l'histoire n'a pas à le rechercher. La patrie est une amante jalouse qui veut qu'on lui sacrifie tout autre sentiment; vous rend-elle tout ce qu'elle exige? C'est une question qu'il ne faut jamais se poser, si l'on aspire à ses faveurs.

Antoinette-Gabrielle Charpentier, première femme de Danton, mourut le 10 février 1793.

Séance des Jacobins.

Ce malheur fut senti par les patriotes. Collot-d'Herbois, dans un discours qu'il prononça contre Roland quelques jours après, s'exprime ainsi :

Les Girondins ont fait périr une citoyenne que nous regrettons, que nous

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pleurons tous. Ah î payons-lui le tribut de nos larmes ; elle en est bien digne la généreuse femme du citoyen Danton. Son mari était absent, elle était gisante dans son lit; elle' venait d'enfanter un nouveau citoyen, et c'est dans ce moment que Roland et ses partisans ont porté le coup mortel.

Danton était dans la Belgique, ils ont profité de son absence, les lâches! ils l'ont représenté comme désignant, dans les journées des 2 et 3 septembre, les victimes qu'on devait égorger. Son épouse a reçu le coup de la mort, en lisant dans les journaux cette atroce imputation. Ceux qui savent combien cette femme aimait Danton, peuvent se former une idée de ses souffrances. Danton n'y était pas, mais ses ennemis étaient présents dans le fatal imprimé «lui déchirait son âme.

{Journal des débats de la société n* 36o. )

Nous avons cru qu'il valait mieux réunir en une seule partie l'ensemble des missions de Danton en Belgique, afin que le lecteur ne perdît pas le sujet de vue. Ce rapprochement des faits ne peut, au reste, porter une grave confusion dans l'exposé des événements, puisqu'il ne comprend que l'espace de quatre mois, de décembre 92 à mars 93. Ici les accusations sont plus graves que jamais, puisqu'elles ont été portées par des républicains, des gens de son parti ; nous devons à la défense de Danton une attention encore plus soutenue.

Les détails officiels sur la part qu'il a prise dans les missions des conventionnels en Belgique, ressortentplus circonstanciés, plus authentiques du rapport que lit plus tard Lacroix, collègue de Danton, pour sa propre justification devant l'Assemblée; c'est de cette source, la plus sûre sans aucun doute, que nous extrairons nos documents.

Dumouriez avait conduit l'armée en Belgique, à Liège; il fut dénoncé pai les agents de la trésorerie nationale, qu'il accusa lui-même.

Le 1" décembre 1792, la Convention nomma quatre de ses membres pour aller vérifier ces plaintes réciproques ; je fus du nombre (Danton aussi).

Nous reçûmes a Liège le décret du 15 décembre :

Art. 1" du décret: « Dans tous les pays qui sont et seront occupés par les armées de la République française, les généraux proclameront sur-le-champ l'abolition des impôts ou contributions existants, la dîme, les droits féodaux, la servitude réelle ou personnelle, les droits de chasse exclusifs, la noblesse et généralement tous les privilèges.

« Art. : Ils proclameront la souveraineté du peuple.

« Art. 3 : Tous les agents et ofllciers de l'ancien gouvernement , tous les réputés nobles, sont inadmissibles aux emplois de l'adminisUration, etc., etc., etc.. »

(Voir le Moniteur du 17 décembre 179S.)

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