CHAPITRE V
Les généraux en chef étaient spécialement chargés de faire exécuter ce décret. Dumouriez s'y refusa positivement. Mes collègues lui firent les représentations les plus fortes ; ils le pressèrent d'obéir ; il persista dans son refus,
et offrit sa démission Peu de jours après nous quittâmes Liège pour nous
rendre à Aix-la-Chapelle, Dumouriez vint à Paris. La commission n'est restée à Liège que 18 à 20 jours; mais je dois observer que Danton, (iossuin et moi, nous avons été visiter les divisions éloignées du quartier général, vérifier la situation des caisses, les états des effets d'habillement et de campement, et les bcsoinsdes troupes cantonnées àTheux,àSpa,àIIuy, àNamur,etc.,etc... Cette opération nous a éloignés pendant assez longtemps de Liège où Camus était resté seul.
Le 1" janvier 93, la Convention rendit un décret qui rappelait dans son sein un de ses quatre commissaires, pour lui faire part des renseignements qu'ils avaient pu acquérir... La Convention demandait que ce rapport lui fut fait au plus lard le 15 du même mois.
Ce décret nous fut apporté à Aix-la-Chapelle par un courrier extraordinaire. Nous revînmes à Liège ; la commission termina son travail le 11 janvier. Je fus nommé avec Danton pour vous le présenter; nous partîmes le 12, et nous arrivâmes le 14. Dumouriez était encore à Paris. (Moniteur du 22 février 1794.)
Telle fut la première mission de Danton.
Voici le résumé que fait le Moniteur du compte rendu des commissaires à l'Assemblée :
Les commissaires de la Convention à Liège, annoncent qu'ils se sont occupés de trois choses principales: des vivres de l'armée, des indemnités à accorder à ceux qui ont été pillés et enfin de la disposition des esprits à l'égard de la République. Le soldat est distrait de ses besoins par l'ardeur de vaincre. Les commissaires ont fait une proclamation pour assurer les citoyens qui ont souffert quelques dommages par le pillage, qu'ils recevront une indemnité.
(Moniteur du 16 janvier 93.)
Cette première mission ne souleva pas momentanément de violents débats à l'Assemblée, c'est à elle cependant, c'est surtout à ces six semaines de séjour en Belgique que se rapporteront les accusations de vols commis par Danton et Lacroix ; nous y reviendrons en temps opportun.
Rappelons-nous bien, avant d'aller plus loin, le discours prononcé par Danton le 31 janvier 93; il prouve qu'en demandant la réunion de la Belgique à la France, le conventionnel était sur ce point important en désaccord avec le général.
Le président de la municipalité de la ville de Liège venait
DANTON (i793).
d'écrire que sur 9,700 votants, 9,660 avaient demandé la réunion h la République française.
Quelques députés voulaient qu'on décrétât de suite la réunion, d'autres demandaient le renvoi au comité diplomatique.
Danton. — Ce n'est pas en mon nom seulement, c'est au nom des patriotes belges, du peuple belge, que je viens demander aussi la réunion de la Belgique. Je ne demande rien à votre enthousiasme, mais tout à votre raison, mais tout aux intérêts de la République française. N'avez-vous pas préjugé cette réunion quand vous avez décrété une organisation provisoire de la Belgique. Vous avez tout consommé par cela seul que vous avez dit aux amis de la liberté : organisez-vous comme nous. C'était dire : nous accepterons votre réunion si vous la proposez. Eh bien, ils la proposent aujourd'hui. Les limites de la France sont marquées par la nature. Nous les atteindrons dans leurs quatre points : à l'Océan, au Rhin, aux Alpes, aux Pyrénées. On nous menace des rois! Vous leur avez jeté le gant, ce gant est la tete d'un roi, «■'est le signal de leur mort prochaine. On vous menace de l'Angleterre! Les tyrans de l'Angleterre sont morts. Vous avez la plénitude de la puissance nationale. Le jour où la Convention nommera des commissaires pour savoir ce qu'il y a dans chaque commune d'hommes et d'armes, elle aura tous les Français. Quant à la Belgique, l'honneur du peuple, le cultivateur veulent la réunion. Lorsque nous leur déclarâmes qu'ils avaient le pouvoir de voter, ils sentirent que l'exclusion ne portait que sur les ennemis du peuple, et ils demandèrent l'exécution de votre décret. Nous avons été obligés de donner la protection de la force armée au receveur des contributions auquel le peuple demandait la restitution des anciens impôts. Sont-ils mûrs ces hommes-là? De celte réunion dépend le sort de la République dans la Belgique. Ce n'est que parce que les patriotes pusillanimes doutent de cette réunion, que votre décret du 15 a éprouvé des oppositions. Mais prononcez-la et alors vous ferez exécuter les lois françaises, et alors les aristocrates, nobles et prêtres, purgeront la terre de la liberté. Cette purgalion opérée , nous aurons des hommes, des armes de plus. La réunion décrétée, vous trouverez dans les Belges des Républicains dignes de vous, qui feront mordre la poussière aux despotes. Je conclus donc à la réunion de la Belgique. (Moniteur du 1" février 93.)
Ce jour même, 31 janvier, Danton et Lacroix furent renvoyés en Belgique; voici comment celui-ci s'exprime dans sa défense déjà citée.
Le 31 janvier 93, la Convention envoya des représentants pour fraterniser avec les peuples conquis, et prononcer provisoirement sur les difficultés qui pouvaient s'élever sur la formation des assemblées primaires , sur la validité des élections, enfln pour assurer la liberté des suffrages.
La Convention ordonna à Danton et à moi de partir sur-le-champ pour nous