DISCOURS
des Députés extraordinaires (délégués)
de la ville et comté de Nice à la Convention nationale,
prononcé le 4 novembre 1792 (2).
Législateurs,
Depuis sa génération à la liberté, le peuple de Nice avait manifesté le désir d'envoyer auprès de vous des citoyens pour vous exprimer les sentiments qui sont gravés dans son cœur; mais
(1) Blanqui et Veillon.
(2) Brochure in-8, de 12 pages, de l'imprimerie nationale, publiée et envoyée aux départements par ordre toY£i%%ça&&&.
des raisons aussi hautes qu'inconnues en ont sans cesse retardé l'accomplissement. A la fin, nous nous trouverons heureux d'avoir été choisis pour son organe. Il nous a expressément chargés de solliciter vivement auprès de vous pour ne faire qu'un seul peuple avec le peuple français. Revenez Français, nous a-t-il dit avec une douce menace, ou ne revenez jamais plus.
Représentants d'un peuple libre, accueillez nos vœux : vous le devez, parce qu'ils sont justes; vous le devez, parce qu'il y va de la dignité et de l'intérêt du peuple français.
Daignez nous accorder quelques-uns de ces instants précieux que vous employez si glorieusement pour le bonheur des hommes : ils ne seront point perdus si vous les accordez à celui du peuple de Nice.
Le ciel nous est témoin que depuis la Révolution française le tyran du Piémont n'a jamais cessé d'insulter, outrager et provoquer le peuple français et attirer son ressentiment sur ces habitants infortunés que ses prédécesseurs avaient déjà perfidement joués et lâchement trahis ; que, sourd aux cris des citoyens dont le cœur n'était pas corrompu par le souffle empoisonné des émigrés, loin de repousser de ses Etats ces fugitifs rebelles aux lois de leur patrie, qui soufflaient partout la discorde et le désordre, il les a accueillis avec empressement, les a protégés dans leurs tyrannies, en a souffert et même secondé les complots détestables; leur a sacrifié des citoyens honnêtes et paisibles qui n'avaient d'autre crime que de n'avoir pas en horreur la Révolution française, de ne pas crier au carnage, à la destruction, à l'extermination, à l'instigation de cette cabale abhorrée; il a appesanti son sceptre de fer sur un peuple doux et patient qui ne demandait que la paix, la tranquillité et l'obéissance. Par des outrages sans fin faits au nom français, dans le territoire de Nice, il a exposé ce peuple au ressentiment d'une nation puissante qui sait autant venger les affronts que défendre et protéger la liberté et l'humanité.
A la fin, pour comble de perfidie, lorsque les années françaises se sont présentées pour tirer vengeance de tant de crimes, il a lâchement abandonné ce même peuple qu'il avait si iniquement exposé; il l'a abandonné dans la plus cruelle anarchie, sans tribunaux, sans chefs, sans défense, sans police, sans même Taver- . tir qu'il l'abandonnait; il l'a renoncé comme on renoncerait des criminels. Eh bien! nous le renonçons à notre tour; nous ne voulons plus de lui ; nous ne voulons plus de roi : nous nous donnons, ou plutôt nous voulons être réunis à la nation française ', ' à notre ancienne patrie, de laquelle nous avons été séparés par f attentat de nos tyrans.
Augustes représentants! ne nous repoussez pas; il y va de votre dignité.
Vous nous avez invités, par l'organe du général Anselme, dans son adresse du 28 septembre, à nous séparer de nos tyrans; vous nous avez proposé pour récompense le bien le plus précieux, la jouissance de la liberté ; vous nous avez promis de nous la faire partager à jamais. Pourrions-nous être libres sans être Français? Non, des obstacles insurmontables s'y opposent : notre position est telle que notes ne pouvons être que Français ou esclaves.
Nous nous sommes rendus à votre invitation ; nous avons couru au-devant de vos armées; nous avons invité leur général à se rendre au milieu de nous pour nous gouverner, pour nous fraterniser {sic). Il nous a reçus, il est entré aux acclamations d'un peuple ivre de joie : nous avons juré d'être fidèles à la nation et à la loi, de défendre la liberté et l'égalité et de mourir en les défendant. Et comment serons-nous fidèles à la nation, si elle nous repousse? Malheureux habitants de Nice! serions-nous réduits à nous voir abandonnés par nos tyrans et repoussés par nos libérateurs?
Non, vous ne nous repousserez pas : il y va de votre intérêt.
Eh quoi ! vous priveriez-vous du plus redoutable rempart que vous puissiez opposer aux entreprises des tyrans qui vous entourent? Offrez la liberté aux peuples dont les despotes oseront entreprendre sur vous, et les despotes disparaîtront de la surface du globe; mais si vous repoussez les premiers qui l'acceptent, quel est le peuple qui en osera suivre l'exemple ? Quel est le peuple qui voudra se séparer de son tyran au risque d'en devenir encore la malheureuse victime ?
On nous a demandé, au nom de la nation, les trésors qui lui appartiennent, les richesses des églises, les biens des couvents, ces dépôts sacrés des peuples, ces ressources fécondes dans les calamités : nous les avons fidèlement consignés à la nation que nous avons adoptée. Que penserait donc l'Europe, que penserait le monde entier, du peuple français, si, après avoir tari la source de nos trésors par l'appât de la liberté qui nous était offerte, il nous repoussait ensuite de son sein, plongés dans l'indigence, à la merci des tyrans implacables dont nous serions infailliblement les victimes ?
Ce n'est pas une conquête que nous vous proposons de garder, c'est un peuple qui réclame votre fraternité que nous vous prions de recevoir; un peuple qui a déjà appartenu à la nation française; qui a été arraché de la nation française; qui, devenu libre, demande d'être réuni à la nation française ; un peuple que vous
avez invité à se séparer de son tyran; qui a le droit de se soustraire à son tyran; qui a été abandonné, trahi, sacrifié par son tyran.
Si la justice de sa cause, si la dignité du peuple français, si son intérêt même n'ont pas assez de force pour vous décider, laissez-vous au moins toucher du sort qui le menace si vous le repoussez. Voyez ce peuple doux et patient qui vient de goûter un instant la douceur de la liberté, voyez-le, dis-je, luttant sans cesse contre les complots des ennemis de la liberté, exposé tons les jours à perdre la vie pour la défendre et succombant sans doute aux pièges redoublés qu'on ne manquera pas de lui tendre; voyez-le, enfin, entouré de fers, plongé dans la misère, couvert d'opprobre et le désespoir dans le cœur, traîner dans les angoisses des jours qu'il déteste, regarder la mort comme un bienfait et maudire peut-être le moment où il a vu luire la liberté.
Mais non, loin de nous cette affreuse perspective! Un avenir plus heureux nous attend : notre confiance et votre générosité nous en sont un sûr garant.
Prononcez cette réunion désirée, dites que nous serons portion de cette heureuse contrée que nous adoptons pour nouvelle patrie, et nous bénirons à jamais la générosité du peuple français.
Signé : Blanqui, député extraordinaire de la ville et comté de Nice; Veillon, idem.
L'Assemblée nationale des AUobroges à la Convention nationale
de France.
(Moniteur, no 328, année 1793.)
« Législateurs,
« Le soleil bienfaisant de la liberté vient enfin, par ses douces influences, de dissiper les nuages épais de la tyrannie et du despotisme qui infestaient notre atmosphère.
« Nos tyrans, aussi lâches qu'ils ont été cruels, n'ont pu soutenir l'aspect redoutable des drapeaux tricolores; ils ont fui, et pour jamais ont délivré de leur odieuse présence une terre trop longtemps abreuvée des maux émanés du sceptre de fer.
« Les Savoisiens, pénétrés de la reconnaissance la plus vive, prient l'auguste Assemblée d'en recevoir les témoignages.
« Ces hommages, Législateurs, ne sont pas dictés par les organes corrompus de l'ancien régime : ce sont des hommes libres qui vous les présentent et qui sentent toute la dignité de leur nouvelle existence.
« Vous nous avez laissé les maîtres de nous donner des lois, nous avons agi. La nation savoisienne, après avoir déclaré la déchéance de Victor-Amédée et de sa postérité, la proscription éternelle des despotes couronnés, s'est déclarée libre et souveraine.
« Cest du sein de cette assemblée qu'est émis le vœu unanime d'être réunis à la République française, non par une simple alliance, mais par une union indissoluble, et formant partie intégrante de l'empire français.
« Ce n'est point une assemblée d'esclaves, tremblant à l'aspect des fers qu'ils viennent de quitter, qui vous supplie de la prendre sous votre protection; c'est un souverain, admirateur de votre gloire, demandant à en faire réfléchir sur lui quelques rayons. »
Cette adresse, datée du 22 octobre 1792, fut lue à la Convention dans sa séance du mercredi 2i novembre, par le citoyen Doppet, lieutenant-colonel de la Légion allobroge.
Peu de temps après la Savoie et Nice, c'est Monaco, ville libre, Menton et Roquebrune, qui demandaient à la Convention, le 20 janvier 1793, d'être incorporées à la République.
Le Moniteur du 6 février, en rend compte en ces termes :
« Dimanche dernier, les assemblées primaires de Monarco, Menton et Roquebrune se sont formées, et chacune d'elles, après avoir prononcé la souveraineté du peuple et demandé à devenir partie intégrante de la République française, a élu quatre représentants qui, hier, se sont réunis à Monaco. Quoiqu'ils ne soient qu'au petit nombre de douze, ils se sont constitués en Convention nationale particulière, en attendant l'adoption par celle de France.
« Aujourd'hui après midi, grand Te Deum accompagné de quarante coups de canon, du brulement des titres de la noblesse du pays et de celui du pavillon du ci-devant prince. Ce soir, illumination générale. »
No 7.
ADRESSE
des Amis de la Liberté et de V Égalité (Jacobins) d'Anneqj (Savoie) à la Convention nationale, lue à la séance
du 26 novembre 1792.
« Législateurs,
« La nation française a rompu ses chaînes; elle a brisé tous ses fers; elle a pulvérisé tous ses ennemis; elle a aboli la royauté; elle a, en un mot, établi la République; elle a plus fait, cette nation magnanime et généreuse, elle a juré l'anéantissement de tous les despotes; elle a juré la liberté de tous les peuples; et déjà, d'un pôle à l'autre, les trônes chancellent et bientôt ils disparaîtront pour faire place à la souveraineté universelle, la seule idole devant qui les mortels épars vont désormais se prosterner.
« Quelle époque donc pour le peuple allobroge que celle où la Convention nationale prononcerait son incorporation à la nation française! Daignez donc, Législateurs, daignez nous entendre. Nous ne rappellerons pas que jadis nous fûmes réellement Français. Les siècles passés n'ont presque pas de rapport au temps présent ; ils s'éclipsent à l'aspect du règne de la Liberté et de l'Egalité. Nous dirons que la circonscription des lieux, l'identité des mœurs et du langage, nous ont, de droit, fait naître et maintenus Français, et que si, par le fait, nous avons cessé de l'être, ce n'est que par la force, ce n'est que parce que les tyrans nous ont arrachés du sein de votre famille.
« Nous dirons qu'à l'instant où le peuple savoisien a été libre, il s'est levé comme un éclair, spontanément et tout entier, qu'il a unanimement et simultanément, dans toutes les communes, prononcé le vœu d'incorporation à la France; que jamais vœu ne fut plus universel, puisqu'il a été celui de tous; nous dirons môme qu'il est de l'intérêt de la nation française d'accueillir un vœu aussi formel, quand ce ne serait que pour éviter, à ses côtés, le spectacle d'un peuple qui verrait bientôt s'ouvrir sous ses pas un abîme de malheur.
« Ainsi donc, l'incorporation de l'Allobrogie à la République
française est la conséquence des vrais principes, ainsi la justice éternelle la sollicite.
« Qu'on ne dise pas que les autres peuples auront les mêmes droits de réclamer un pareil bienfait, car, d'abord, les circonstances morales et physiques ne sont pas les mêmes. D'ailleurs, on ne trouvera peut-être pas un peuple qui, comme le peuple allobroge, se soit élevé soudain à la hauteur de la République.
« Dira-t-on que la République française serait trop étendue si elle adoptait tous les peuples qui voudraient s'unir a elle? Mais, jamais une République fondée sur les principes consacrés par la nation française ne sera trop vaste ; les bornes de l'univers devraient seules être les siennes.
« voust qui allez poser les fondements du bonheur du genre humain, vous, appelés à de si hautes destinées, Législateurs du monde, prononcez, et l'existence du peuple allobroge sera éternelle; il fera partie intégrante de la première nation de l'uni-* vers; il ne fera qu'un avec le peuple français; et c'est dans ce consolant espoir que nous renouvelons entre vos mains le serment que nous avons fait de maintenir avec vous la Liberté et l'Egalité, ou de mourir en les défendant.
« Les membres composant la Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité d'Annecy. »
No 8.
ADRESSE
de la Société allemande de Manheim à la Convention nationale, lue en séance le 16 novembre 1792 (1).
De Manheim, le 28 septembre 1792.
Messieurs,
Souffrez que les mêmes Allemands dont l'Assemblée nationale a daigné accueillir l'hommage et les vœux dans la séance du 9 août vous témoignent encore aujourd'hui leur intérêt et vous fassent part de l'expression de leurs sentiments.
(1) Brochure in-4°, imprimée et envoyée aux départements par ordre de l'Assemblée; Marne, à Angers, imprimerie nationale.
Nous vous l'avouons : nous avions cm longtemps que Louis XVI voulait sincèrement l'établissement de votre Constitution. Ses promesses réitérées de fidélité, ses proclamations, ses réponses aux députations, qui étaient la plupart consignées dans les papiers publics, nous avaient presque persuadés qu'il était de bonne foi. Mais depuis l'époque du 10 août, nous sommes désabusés. Toutes les machinations de la cour, qui sont maintenant dévoilées, nous ont ouvert les yeux. Sa correspondance et celle de la reine avec les chefs de Coblentz ; l'usage qu'il faisait de la liste civile pour entretenir les gardes du corps, les mousquetaires, les chevau-lôgers et autres compagnies armées, qui font aujourd'hui la guerre à la France, et pour faire imprimer des pamphlets et des libelles contre l'Assemblée nationale et tous les vrais amis de la liberté ; la perfidie et la corruption de ses ministres et le renvoi de ceux qui marchaient franchement dans le sens de la Constitution : tout cela, messieurs, nous convainct qu'il était un traître. La Constitution le plaçait sur le plus beau trône du monde, lui assurait vingt-quatre millions de revenu pour sa dépense, lui donnait un degré d'autorité suffisant, puisque, indépendamment de toutes les places, dans l'ordre civil et militaire, qu'il pouvait donner à ses créatures, il pouvait encore faire mouvoir une armée de deux cent mille hommes.
Et de qui tenait-il tant de bienfaits? D'une nation aimante et généreuse !
Ne pouvait-il donc pas être heureux ? Oui, sans doute ; mais il a voulu être despote ; et le voilà précipité du faite des grandeurs dans la classe des simples particuliers : heureux s'il sait, comme Denys de Syracuse, s'y procurer quelque ressource.
On dira, nous le savons, que la nation française est ingrate, puisqu'elle lui doit la convocation des états généraux, qui a été le premier échelon de la liberté.
Louis XVI, en convoquant les états généraux a retiré une nation de l'abîme, et c'est là une action estimable. Mais, en détruisant ce qu'ils ont fait, il l'y a reprécipitée, et c'est une perfidie épouvantable.
Que dirait-on d'un homme, en apparence compatissant, qui retirerait son semblable d'un précipice, et qui, après l'avoir élevé jusqu'à lui, l'y ferait tomber de nouveau? Cet homme serait un monstre.
Nous approuvons donc, messieurs, le parti que vous venez de prendre d'abolir la royauté en France.
Méprisez les clameurs de ceux qui vous diront que la France est trop grande pour former une république, et que ce genre de versement ne convient point aux Français. La République
romaine était encore plus grande, puisque la Gaule n'était qu'une de ses provinces ; et les Gaulois ont porté longtemps avec orgueil le nom de citoyens romains.
Quel que soit le succès de votre démarche hardie, elle sera utile en ce qu'elle sera une leçon pour tous les despotes de la terre. Elle leur apprendra que tous les peuples commencent à se reveiller à la liberté, et qu'il est enfin temps de les traiter avec douceur et de les rendre heureux. Votre révolution est un orage qui gronde sur toute l'Europe. Il effraye, il épouvante les âmes timides; il cause même des désordres partiels; mais ses ravages n'auront pas de suites. Bientôt l'air en sera plus pur. Il fallait cette convulsion de la politique pour ramener les princes et les rois à l'état d'hommes.
Courage, messieurs, soyez fermes et inébranlables, vous tenez seuls maintenant le timon du vaisseau de l'État. Dirigez-le avec courage et prudence, au milieu des tempêtes qui l'agitent, et ne souffrez jamais qu'aucun corsaire couronné vienne s'en emparer. Ne vous laissez point abattre par quelques revers. Les Romains perdirent la bataille de Cannes, et ils ne désespérèrent point de la République. Déployez une grande force militaire. Point de mesures partielles. Organisez en grand vos armées pendant cet hiver. Assurez votre liberté et vous affranchirez tout le monde.
Permettez-nous de nous prosterner maintenant devant le génie sublime de la France (1).
No 9.
ADRESSE
de la commune de Namur à la Convention nationale,
lue par les citoyens
Adant, curé de Chevreuse, et Saunier,
délégués de cette commune (2).
Citoyen président et Législateurs,
Tandis que les tyrans réunissent leurs efforts pour enlever aux enfants de la Liberté le fruit de leurs conquêtes et conspirent
(1) Pièce transmise à la Convention par l'intermédiaire de François, de Neufchâteau, juge de paix du canton de Vicheray, district de Neufchâteau (Vosges],
(2) Une feuille in-4°, imprimée à Angers, à l'imprimerie nationale, chez Marne, imprimeur du département, par ordre de l'Assemblée, et envoyée aux départements.