ACTE V, SCÈNE II. 2^\X
VOUS dis-je ! A mort, les misérables chiens de la Convention !
Premier sans-culotte. — Cela va de soi, commandant ! Groupons-nous !
La foule. — Vive Robespierre ! {Ils se groupent).
Premier royaliste. — Hé I cela balaie tout sur son passage comme le vent I —
Second royaliste. — Oui, comme le vent. Mais le vent est le vent.
Premier royaliste. — Que voulez-vous dire?
Second royaliste. — Je veux dire que le peuple est fatigué, sans que lui-même le sache. A l'improviste ses genoux fléchiront.
Un prolétaire a moitié ivre {entrant avec d'autres), — Allons ! gaillards à la main habile, filous, coupeurs de bourses ! Vous autres, qui mettez volontiers vos cinq doigts dans la poche de vos voisins et en retirez le poing fermé — savez-vous ce qu'il y a de nouveau ?
Les autres. — Eh bien ! quoi ?
Le précédent. — Volez, tuez, brûlez, pillez, faites ce qu'il vous plaira ! Il n'y pas un seul geôlier dans Paris qui ne vous fermera sa porte au nez, si les gendarmes veulent vous faire enfermer — ha, ha, ha !
La foule. — Parle donc I —
Le précédent. — Pareil tour n'est pas encore arrivé ! Robespierre et ses compagnons — savez-vous —
La foule {impatiemment) — Sont sous clés et verroux — ensuite !
Le précédent. — Vous croyez ? Bah î vous n'y êtes pas. Aucun geôlier dans tout Paris ne les a reçus —
La foule. — Eh, diable !
Le précédent. — La Commune le leur a défendu — sous peine.de mort — ha ha ha ! Des geôliers qui ne reçoivent pas un prisonnier — a-t-on vu cela i allons !
(// avale une gorgée d'eau-de vie) Agréable époque I Vive la République I {Des cris de triomphe se font entendre dans le lointain).
Nouveaux arrivants [se précipitant sur la scène), — Hourra ! vive Robespierre !
La foule. - Qu'y a-t-il ?
Les nouveaux arrivants. — Robespierre délivré I parti en triomphe à l'Hôtel de Ville î
La foule. — Vive Robespierre 1 — Ça va chauffer —
Nouvel arrivant [qui accourt en hâte), — Maudit drôle, ce fou d'Henriot I
La foule. — Quoi ?
Le précédent, — Emporter avec une demi-douzaine de canonniers le palais de la Convention et mettre en pièces tous les députés sans exception, cela lui semblait aussi aisé que de vider une bouteille de bourgogne. Ses hommes l'ont, d'un côté, arraché de son cheval, parce que l'ivrogne leur lançait en les injuriant des coups d'épée sur la tête, et, de l'autre, il est tombé de lui-même. Et maintenant il cuve son vin, en qualité de prisonnier, dans une salle voisine de la Convention.
Un nouvel arrivant. — Ce que tu racontes n'est plus la vérité. — Henriot lui aussi a été délivré — en ce moment il dort et ronfle en liberté, à THôtel de Ville, au milieu des siens.
La foule. — Tant mieux I Ça ira I Tous pour Robespierre ! A bas la Convention I
Les élèves de l'école militaire {arrivent armés, en chantant la Marseillaise).
« Allons, enfants de la patrie, Le jour de gloire est arrivé ! »
La foule. — Voyez I les braves élèves de TEcole