ACTE I, SCÈNE I
un paquet de journaux et de brochures), « Dernière oraison funèbre sur la mort du divin Marat. » — « Lanterne et Guillotine ; feuilles volantes pour la Liberté, l'Egalité et la Fraternité universelles. » — « Plan nouveau et infaillible pour faire sauter en l'^air en trois jours, avec de l'essence de girofle, les villes royalistes » —
La foule. — Vive Momoro, le patriote !
MoMORO. — Vive la République ! — Tout pour quelques sous ! — [Beaucoup de personnes se pressent afin d'acheter les feuilles).
Le sans-culotte. — Tu vends tes paperasses trop cher, citoyen Momoro.
MoMORO. — Je n'y gagne pas un sou. Vous me connaissez.
Un crieur de journaux. — « Le père Duchesne » ! « Le père Duchesne » d'aujourd'hui ! Deux sous la feuille ! — Il est terriblement en colère aujourd'hui, le père Duchesne ! — Achetez le journal de l'excellent patriote Hébert ! Tiré à trente mille exemplaires. Il est terriblement en colère aujourd'hui, le père Duchesne !
MoMORO (le parodiant). — « Il est terriblement en colère aujourd'hui, le père Duchesne ! ». Ainsi criet-il chaque jour. Trente mille exemplaires.? J'ai tout respect pour le citoyen Hébert, mais je me suis laissé dire que des piles entières de son journal s'acheminent gratis vers les hôtels — «-pour les besoins des voyageurs » — ha ! ha ! ha ! pour les « besoins » des voyageurs ! — Ce qui coule de meilleur de la plume des patriotes, on le trouve toujours chez Momoro. Dans mon arrière-boutique, sous la royauté déjà, les hommes les plus avancés ont tenu un club, et aujourd'hui encore ils y en tiennent un.
Le crieur de journaux (^/z ricanant), — Oui, vieux
grison, ils tiennent un club chez ta jeune femme.
MoMORO. — Imbécile! ils lui enseignent le nouveau calendrier républicain, qui entre si péniblement dans la tête des femmes. Mais il y a plus ! il y a plus ! Oh ! les patriotes savent apprécier le vieux MomorOj et pour l'honorer ils ont, vous devez le savoir, précisément choisi sa femme comme déesse Raison. Ce matia, de bonne heure, on Ta menée à l'Hôtel de Ville* afin de la parer dignement pour la fête. Et vous la ve^^e^ I Elle brillera sur cette place même.
Le CRïEuii DE JOURNAUX. — Et à toi, pour la fête du jour, te dorera-t-on les cornes ?
La foule. — Vivent Momoro et sa jeune femme !
MoMORO (à un homme qui colle une affiche sur le mur). — Eh ! tu colles ton affiche sur une autre..
L'afficheur, — Ah î la vieille est des modérés, mais celle-ci est de la Commune.
La FOULE {qui pendant ce temps augmente toujours), — De la Commune ? Voyons.
Un homme dans la foule (lisant), — « Hébert et Chaumelte invitent aujourd'hui le peuple souverain à la fête de la Raison, fête qui restera mémorable à jamais ».
La foule. — Vive Hébert ! vive Chaumette ! vive la République ! Ça ira l {Les femmes dansent).
Un amputé {dans la foule). — Holà ! Sautez et braillez autant que vous le voudrez, mais ne faites pas tomber à un brave soldat de la République sa jambe de bois I
Le sans-culotte [allant à lui). — Que vois-je ? Baptiste ï De retour à Paris i Tonnerre — ta jambe —
L^AMPUTÉ, — Excellent bois de hêtre.
Le sans culotte. — Bravement combattu pour la République ? Craint ni la mort ni le diable? Jamais été fait prisonnier?