‹ Danton & RobespierreChapitre 13 sur 117 · ACTE Ij SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE Ij SCÈNE I

culottes se tenait la Commune, protégée elle-même par le large dos de Danton, qui, à ce moment, pour la première fois^s'était dressé comme un Jion rugissant. En face de lui les autres n'étaient qu'une meute de chiens hargneux. A présent il est devenu paresseux, et, en somme, comme tous les gros animanx, il est moins éveillé et moins disposé à mordre que les petits roquets.

Un homme dans la foule. — Ah ! à ce Samson aussi les femmes ont joué un tour.

Le sans-culotte, —

Oui, oui, mais je vous le dis, S'il se lève une fois encore de toute sa taille, Il percera la voûte et brisera les colonnes Dîi temple, tont comme Samson lui-même.

Un autre. — Bah I il ne se lèvera plus. UautTe Ta réduit sous sou joug. Et cet autre est rusé.

L'amputé, — Qui ?

Le sans-culotte. — Eh î qui donc ? N'as-tu pas entendu ^ au camp, parler de Robespierre ?

L'amputé. — Robespierre ? Robespierre ? E st-ce ce petit homme grêle qu'on nommait, par raillerie, « la chandelle d'Arras ^», parce qu'il est venu d'Arras, et qui aurait bien vquIu briller, mais qui n'éclairait pas plus qu'une chandelle ? On riait toujours de lui, quand il voulait parler dans P Assemblée nationale.

Le sans-culotte. — Oui, jadis. Maintenant c'est lui qui, à la Convention nationalej au Comité de Salut publiCj au club des Jacobins, tient la corde.

* Par allusion au poème ordurier que publia en 176';, sous ce titie, Tabbé Duburens»

{Noie du iradiicUur),

L^AMPUTt^. — Je Tai vu une fois — mais de loin. Ne porte-t^il pas des lunettes?

Le sans-cl*lotte. — Non,

L*AMPUTÉ, — Il me semblait pourtant*

Le sans-culotte. — Il a le visage jaune et un cercle bleu-verdatre autour des yeux. Cest cela que dans ta naïveté et de loin tu auras pris pour des lunettes.

L*AMPUTË. — Pâle de visage ?

Le sans-culotte, —

Jaune — gris — non, en realité ! — Comment dois^je dire ?

Vert de mer, pour être exact. — Des yeux profonds

Et des sourcils hérissés. — Un modeste petit homme.

Rien à cûté de Daaton l Mais si devant toi

Se tient id Danton, 1« puissant colosse^

Et là le tradchant petit Robespierre,

Tu causes sans te gêner avec celui-là.

Comme avec le plus jovial des camarades^

Tandis que devant Tautre ta parole meurt

Dans ton gosier. — Non pas qu'il te regarde

Bien hardiment; au contraire, il a plutôt quelque chose de timide

Et d'embarrassé devant une grande foule ^

Mais va seulement une fois dans la galerie

De la Convention nationale, dès qu'il parle :

Alors tu ne le reronnaïtras plus. Lorsque, d'un pas assuré,

Il gravit les marches de la tribune, le silence devient tel

Que tu pourrais entendre une souns siffler

Dans son trou S'il reste d'abord

Debout et tranquille là-haut comme un pieu,

Et s'il parle avec calme, tu te dis : oui, il parle absolument

Comme un maître d'école, ou comme un méchant calotin

Parle du haut de la chaire. *— Mais tout-à-coup il lance

Quelques mots d'une voix

Froide et tranchante comme l'acier — d'un ton

Qui vous fait courir un frisson dans le dos,

Et quand les coins de sa bouche commencent

A se contracter^ et qu'il crie d'une voix aîgre-douce

Dsins sa manièrB acérée et tranchante :

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