‹ Danton & RobespierreChapitre 14 sur 117 · ACTE I, SCÈNE ï · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE ï

« Pauvre peuple !» et « Peuple VATtiicui ! »,

Alors quelque chose comme une convulsion vous étreînt le cœur ;

Vous mettez la main au couteau, si yous en cachez un

Sur votre poitrine, vous voudriez

Vous prosterner devant lui et lui demander

Lequel des maudits ennemis

De la République vous devez d'abord en percer.

Parfois cependant il se tait des semaines entières

Et laisse parler les autres. Il arrive

Beaucoup de choses encore, lestj^uelles on ne Sïiit

Si elles lui sont agréables ou lâcheuses» Parfois

Il louvoie simplement et attend le vent.

Dans ces derniers temps tnême i! est redevenu très silencieux — on ne sait pas au juste ce qu'il pense d'Hébert et de Chaumette. Mais un fait certain^ c'est que si lui et ses deux amis intimes, le jeune Saint-Just et le vieux paralytitiue Couthon, tiennent ensemble des conciliabules^ il va se produire un gros événement.

Un greffier de la commune {paraît avec des manœit^ vres qui portent des planches et des outils). — Place, là ! Place, sans-culottes \ On va construire la tribune pour la déesse Raison et pour les orateurs. Le cortège sera ici dans peu de temps.

La foule. — Ça irai Vive la déesse Raison 1

Le greffier {aux manœuvres). — Ici, vous autres I au milieu de la place ! juste en face de Notre-Dame î [Les manœuvres se mettent au travail) ,

Une femme. — Veillez seulement à ce qu'il n*en soît pas comme l'année précédente, dans une circonstance analogue, où deux individus s'étaient cachés sous les planches de la tribune — probablement pour faire sauter en Pair les hommes et les femnits qui s'y trouvaient — jusqu^à ce qu'on les découvrit, qu'on les tirât de leur cachette et qu^ou les mît à mort.

Le greffier {raillant), — Bah ! c'étaient simple ment des adorateurs de votre sexe, qui lorgnaient à travers les fentes. Où serait le mal, si aujourd'hui aussi on inspectait un peu les mollets de la Raison ? Porter son attention sur la Raison et sur tous ses détails, c'est désormais un devoir civique !

Les femmes {l* entourant), — Polisson ! — Seront-ils bientôt ici ?

Le greffier. — A l'instant.

Les femmes. — Hourra ! ils vont être ici I Vivent Hébert et Chaumette ! vive la Commune ! vive la Convention ! vive Danton ! vive Robespierre !

Le greffier. — Pourquoi la Convention ? Pourquoi Danton et Robespierre ? Tenez-vous-en à la Commune, aux conseillers et aux pères de la ville. Qui prend soin du peuple de Paris ? Hein ? A la Convention les repi^sentants du peuple parlementent, discutent et font de la haute politique ; au Comité de Salut public siègent Robespierre et Saint-Just, et Couthon, et Barère, et CoUot d'Herbois, et d'autres prennent soin des affaires intérieures et extérieures, des finances et de la guerre, des têtes à trancher et de toute chose, mais nullement que le peuple de Paris ait à manger dans ces temps difficiles. Qui sue sang et eau et se casse chaque jour la tête pour trouver de nouveaux moyens de contraindre les marchands à vendre à bon compte et du bon ? Hein } Les conseillers de la Commune. Qui veille à ce qu'au moins le pain sec ne manque pas tout à fait, et que vous ne couriez pas absolument nus comme des vers ? Hein, qui ? Les conseillers de la Commune.

La foule. — Vive la Commune !

Le greffier. — Qui a sous sa main toute la garde nationale de Paris ? La Commune. Qui pourrait, si elle le voulait, clouer à chaque instant la bouche aux réac-

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