ACTE II, SCÈNE I
Arrive ici ! Peux-tu supporter les fatigues, et les blessures, et les souffrances ? Sais-tu ce que c'est que vivre en Spartiate ? Nous allons voir ! {Tout en parlant y il saisit V enfant par le bras et le pince vigoureusement, L enfant crie et se sauve. Sur le seuil ilhettrte madame Duplay^ qui rentre du marche^.
Madame Duplay [avec un grand panier au bras), — Pourquoi cries-tu, petit ?
Uénfant. — Ce n'est rien. Le citoyen Robespierre m'a pincé le bras.
Madame Duplay. — Le citoyen Robespierre ? {Lapercevant et s^ avançant brusquement). Citoyen Robespierre, savez-vous ce que coûte aujourd'hui un chou ? — Vingt sous ! — Vingt sous, citoyen Robespierre, uq chou ! — A quoi nous sert la liberté, citoyen Robespierre, si un chou coûte vingt sous ? à quoi bon guillotiner tant de gens, si les prix sur le marché augmentent chaque jour? à quoi sert-il donc, citoyen Robespierre, que les têtes des hommes soient à si bon compte, si les têtes de choux augmentent de prix ? Savez-vous ce que dit le peuple ? « Sous la royauté on payait deux sous un chou pareil ! » — « La France n'a jamais subi une telle disette !.. »
Robespierre. — On dit cela .?
Madame Duplay. — Il vous aurait seulement fallu entendre le cuisinier du banquier Frey, et le cuisinier du citoyen Lacroix, et le cuisinier du citoyen Danton, qui a servi autrefois chez le comte Lavalette.
Robespierre. — Que disait-il ?
Madame Duplay. — C'est un bonheur, disait-il, que son maître actuel estime moins l'argent que le précédent. — Vingt sous ! — Puis on jase sur le « maximum ». Les marchands vendent publiquement les mauvaises marchandises au taux du maximum, et les
meilleures, ils les livrent en secret à un prix plus élevé aux aristocrates !
DuPLAY. — On devrait décapiter ces gredins ou les pendre à la lanterne !
Madame Duplay. — Tais-toi ! — lly a aussi beaucoup de gens qui courent des lieues entières à la rencontre des paysans et leur achètent toutes leurs provisions.
Dupf-AY, — A la lanterne avec les marchands !
Madame Duplay. — Tais-toi, Duplay 1 Je neveux pas toujours entendre parler de cela ! Sur la place de la guillotine, le sol entier jusqu'à la Seine est tellement imbibé de sang, que dernièrement je glissai et tombai.
\}uvL\x {qui pendant toute la scène s'occupe dans rapparicmenl] . — Femme, voilà que de nouveau tu bavardes trop longtemps !
Robespierre, — Dites, dites, citoyenne Duplay I Vous me faites plus de plaisir que vous ne pensez.
Madame Dui^ay. — Tais-toi donc, Duplay ! — Mais, citoyen Robespierre, quel air vous avez de nouveau aujourd'hui ? Oui vraiment, l'homme ne peut pas se fortifier avec du laitage et des fruits, citoyen Robespierre ! Et la nuit, un homme raisonnable doit reposer dans son lit, et non pas trotter de loDg en large jusqu'au point du jour, comme vous faites, quand vous songez aux longs discours que vous tenez à la Convention et au club des Jacobins. Vous m'inquiétez ! Q.uels yeux vous avez ! Morbleu ! un homme si jeune ! Trente-cinq ans ! Et un tel aspect ! Vous agissez publiquement comme si toute la France vous était soumise — et elle l'est vraiment ! — Vous vous emportez parfois comme si vous vouliez tout pulvériser, et chez vous vous êtes un doux agneau, un homme timide ! — Un pauvre diable, de plus ! Ne vous fâchez pas^ pour l'amour de Dieu ! un pauvre