ACTE II, SCÈNE III. 9I
la main) que vous ne les peigniez pas con amore.
L'artiste. — Quelle main pourrait manier le pinceau sans trembler, en peignant Danton ?
Danton. — Et quelle main — fût-ce la main de Danton — ne tremblerait aussi, mais pour d'autres motifs, en plongeant dans cette belle chevelure brune et bouclée i (Il lui passe la main dans les cheveux ; elle se dérobe à lui).
Un DOMESTIQ.UE ENTRE. — Il y a des pétitionnaires dans l'antichambre.
Danton. — Fais-les entrer tous ensemble {Les pétitionnaires entrent),
Danton (à une vieille dame). — Que demandezvous. Madame ?
La DAME. -- Mon fils est à l'armée — c'est un jeune lion plein d'ambition — il cherche de l'avancement. — Vous êtes tout-puissant auprès de Dumouriez, citoyen Danton.
Danton {à une jeune fille). — Et vous, belle enfant ?
La JEUNE FILLE. — Mou fiaucé —
Danton. — Est en prison. Je sais. Revenez ce soir, chère enlant ; je verrai quelle consolation je pourrai vous donner. (// lui pince les joues). Viendrez-vous }
La jeune FILLE (avec timidité). — Pardon nez, citoyen Danton ! Votre générosité —
Danton. — Vous exemptera de cette démarche, pensez-vous ! C'est bien ! (// se tourne vers un homme).
L'homme. — Citoyen Danton, y a-t-il encore de la justice en France ?
Danton. — Je l'ignore. Demandez à Robespierre.
L'homme. — Lisez dans cet écrit ce qui m'est arrivé, et jugez-en.
Us VIEILLARD. — Citoyen Danton, vous voyez de-
vant vous le descendant d'une noble famille, blanchi au service de la patrie. — Dans mon château en Dauphiné, citoyen Danton, on a cassé le cou à mille bouteilles de Champagne, à la santé de Danton et de la République. — Néanmoins on m*a suspecté, jeté en prison, enfin relâché, mais sans ressources. — Toutefois^ cela va sans dire, je ne viens pas ici pour mendier — je viens, citoyen Danton, simplement implorer votre aide en faveur du retour libre et impuni de mon ûls émigré. — On puis-je en France trouver de la générosité envers un homme de ma sorte, sinon auprès de Danton ?
DaNTOw. — Permettez-moi devons offrir au préalable vingt bouteilles de Champagne de ma cave, pour que la santé de la République ne souffre aucun dommage-
Plusieurs PÈTiTifîNNAiREs. — Mon père — mon mari — mon oncle —
Danton. — Languissent en prison î Allez, allez, j'examinerai tout, (Il rassemble les pétitions. Les pétitionnaires s^élolgnent. Danton lance les pétitions dans la cheminée).
L'artiste {étonnée), — On dit pourtant, citoyen Danton, que vous êtes généreux.
Dantok, — Oui, mais seulement tous les deux jours. Si je Tétais chaque jour, la République péri- . rait. H n'y avait non plus, à l'exception de la jeune prude^ aucun visage dans cette foule qui méritât qu'on se compromît en sâ faveur auprès des Jacobins. — Encore quelqu^un ?
Le jeukf: duc de Chartres * (entre),
Danton {s^est assis à une table et fouille des papiers qui s* y trouvent; il continue cette opération de la main
* Le futar roi Louis-Pli i lippe.