‹ Danton & RobespierreChapitre 37 sur 117 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

gauche^ tandis que y sans se lever ^ il tend nonchalantment^ en signe de salut ^ la droite au nouvel arrivant^, — Quelles nouvelles, Chartres ?

Le duc de Chartres. — Citoyen Danton, je m'adresse à vous. Revenu de l'armée à Paris pour quelques jours, j'apprends qu'on commence à me calomnier.

D^^NTON. — On dit qu'avec d'autres officiers de l'armée vous vous êtes permis de secouer la tête à propos des mesures de la Convention, que vous avez plaint les victimes du tribunal révolutionnaire, que parfois vous exprimez vaguement l'opinion que cet état de choses ne saurait toujours durer. Laissez cela, jeune homme ; n'agissez pas ainsi ; abandonnez cette conduite aux autres. Vous êtes né prince ; vous avez dormi dans des langes royaux. Vous êtes un Bourbon, c'est-à-dire d'une famille dont bien peu démembres en ce moment, vous le savez, ont pu par exception conserver leur tête. Veillez à la vôtre !

Le duc de Chartres. — Citoyen Danton, vous savez de quelle façon j'ai été élevé. J'ai suivi l'Ecole de Médecine, comme le fils d'un simple bourgeois, j'ai, à l'Hôtel-Dieu, prêté mon assistance aux opérations chirurgicales, j'ai pansé les blessures de maints sans-culottes, j'ai soigné maintes pauvres vieilles femmes.

Danton. — Bravo ! Retournez maintenant à votre armée et — taisez-vous. Battez-vous bravement, mais ne soyez pas non plus trop téméraire sans nécessité. Vous avez encore une belle suite d'années devant vous. Dans notre chère France souffle un vent très inconstant ; les Français ont leurs faiblesses, leurs habitudes, leurs caprices, leurs jours de folie, enthousiasmés aujourd'hui pour la République, demain peut-être pour quelque chose d'autre. Heureux ceux qui vivent jusqu'à l'éclosion de leur moisson I Atten-

dez, baissez la tête, laissez passer la tempête. — Parbleu I vous êtes un prince. — Q.ui peut calculer les événements ? Les Français sont capables de tout (L«/ frappant sur Vcpauh). Adieu, jeune homme !

Le duc DR CHARTRES {sort.)

Danton {se tournant vers ^ artiste), — Un léger nuage sur votre front ?

L'artiste. — Je songeais au changement complet, merveilleux, de temps et de choses, qui s'est accompli en France.

Danton, — Cela vous déplaît-il ! Est-elle fâcheuse pour vous, cette époque nouvelle ?

L'ARTISTE, — Elle ne m'a rien apporté et m'a beaucoup enlevé.

Danton. — La lettre de change que vous possédezsur ellcj la lui avez-voiis déjà présentée .? Essayez-le donc! Vous êtes jeune et belle, Madame ! vous êtes jeune et belle. Ces monnaîes-là ont de la valeur sous tous les gouvernements. Jette ton pinceau, enfant, et donne un baiser au républicain Danton. (Elle résiste). Tu résistes ? Avec cette petite main blanche? A Danton .Ml te serait tout aussi facile de mettre dans ta poche, comme étui à aiguilles, les tours de Notre-Dame. Sois mon Omphale, enfant, je suis ton Hercule. (// Pembrasse. Au même instant' est entré Robespierre \ il s'avance sans hruii et lentement jusqiC au milieu de Papparte ment. Tons deux l'aperçoivent. V artiste rougit^ ramasse en haie ses instruments et s'esquive^ jetant des regards craintifs du côté de Robespierre^ quelle évite par un long détour).

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