‹ Danton & RobespierreChapitre 38 sur 117 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Robespierre {toujours debout au milieu de la cham^ bre), — Danton s'amuse ?

Danton. — Pourquoi pas? Le dieu Amour est un brave sans-culotte. — Et pourquoi la liberté de Tamourne s'accorderait- elle pas avec l'amour de la liberté? — Assieds-toi. (7/5 s^ asseyent) Wzïq pas Pair d'un Rhadamanthe, Robespierre! tu m'effraies.

Robespierre {parlant à partir de ce moment toujours avec un grand calme), — Qui peut rivaliser avec ta gaieté toujours florissante ! Ta taille se gonfle et s'arrondit chaque jour davantage...

Danton. — Tu crois ? C'est sans doute la graisse de la réaction qui s'attache à moi.

Robespierre. — Je ne le pense pas. Tu es corpulent, mais bilieux.

Danton. — Chez de telles gens, te dis-tu, la flamme peut brûler sous la graisse, comme le feu grégeois dans l'eau !

Robespierre. — Certainement.

Danton. — Oui, je cache sous ce flegme apparent le dessein le plus hardi, le plus révolutionnaire.

Robespierre. — Vraiment ?

Danton. — Ecoute, Robespierre! Je vais me marier !

Robespierre. — Certes, il y a de quoi surprendre.

Danton. — Oui, je me marie, je vais passer quelques semaines, quelques mois, qui sait combien de temps ! à la campagne, avec ma charmante jeune femme. Faites en attendant ce que vous voudrez. Je m'éloigne de vous. Je ne veux plus entendre vos

longs discours de la Convention si pleins d^excellentes intentions. J'en ai assez des façons doctrinaires, de la poussière ensanglantée des rues de Paris, de ses fades lits de débauche. Pour changer, je veux embrasser une jeune fille innocente dans les bois odorants de résine, sur une couche de feuilles de sapins.

Robespierre. — Farceur, tu veux maintenant te fixer f

Damton. — Oui, Vois-tu, il arrive pour Phomme un temps où il se dégoûte de boire à la dérobée dans tous les calices. Les aises, le confort deviennent alors son idéal, au lieu de la chasse sauvage aux plaisirs de la jeunesse ; une petite femme à son côté, un moutard souriant dans son berceau — je me peins cette vie de bon bourgeois d'une façon nullement désagréable.

Robespierre. — Kt la jeune fille de ton choix ? Daxton . — Seize ans I Fraîche, naïve, amoureuse, charmante au-delà de toute expression. On la regarde comme la plus belle fille de Paris.

Robespierre, — Elle est sans doute de bonne famille ?

Danton. — Je ne me suis guère préoccupé de cela. La mère est une bigote de vieille trempe, qui veut absolument que je me fasse marier avec sa fillette par un prêtre insermenté.

Robespierre, — Ta feras...

Danton (riant), — La volonté de la vieille — car elle Texige purement et simplement.

Robespierre. -- N'y a-t-il pas un paragraphe de la Constitution —

Danton. — La plus belle fille de Paris, cher Robes pierre I — Où est votre paragraphe ? Que veut-il ? Je lui casserai son cou gracieusement courbé, comme à une bouteille de Champagne ! — Laisse-moite le dire,

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