‹ Danton & RobespierreChapitre 43 sur 117 · ACTE II, SCÈNE V. I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V. I

Danton. — Vive Louise Gély, bientôt ma petite femme, à laquelle je vais être marié dans l'église de Sèvres, et — (lançant en souriant un regard à Robespierre) voilà qu^apparaît la queue du chien d'Alcibiade — par un prêtre non assermenté — car la chère bellemère l'ordonne ainsi — une dévote de vieille trempe, et — sa fille est, comme vous le savez, la plus jolie fille de Paris. Vive la brave belle-mère !

Camille. — Danton, tu es fort gai.

Danton. — Comme un fiancé.

Un serviteur [entre), — Le citoyen Saint-Just et le citoyen Couthon ! [Saint-Just apparaît^ et derrière lui Couthon, porté dans un fauteuil par deux domestiques),

Danton. — Bonjour, Saint-Just ! Hé, diable !

Couthon !

CouTHON. — Pardonnez, très honorables Messieurs et amis, si au lieu de me mener à Thôpital, on m^a mené dans votre joyeuse société. Saint-Just est venu chez moi, il m'a poussé du lit sur un brancard, et dans votre antichambre vos trabans, Danton, m'ont jeté du brancard sur un fauteuil ; par bonheur, ce n^étaient pas des gaillards au rude poing républicain, mais des gens convenables et polis, qui ne me firent pas plus de mal qu'il ne fallait.

Danton [riant). — Toujours le vieux méchant coquin ! Ici à mon côté, Couthon ! Il faut bien que l'hôte vous prenne sous sa protection particulière. (0« porte le fauteuil de Couthon auprès de Danton^ qui lui remplit son verre). Assieds-toi, Saint-Just ! — Vous avez manqué tous deux le meilleur. Nous venons de boire à la santé de la plus charmante fille de Paris.

Couthon {buvant), — A sa santé — sans l'avoir vue I

Danton [à Couthon). — Je vais l'épouser, cher Couthon !

O)UTH0N {trinquant de nouveau), — Alors à ta santé aussi !

Camille [se levant après une courte pause ; avec so* lennite), — Chers et honorables amis ! hommes d^'élite de la République I nous nous trouvons aujourd'hui ensemble, comme cela n'est pas arrivé depuis longtemps. Mon pouls bat, car cette heure est déci* sive. Un déchirement secret trouble depuis quelque temps le cœur de la République, Si elle doit perdre tout son sang ou au contraire se relever et être à jamais entière, unie et invincible — cela dépend de Tunion des deux géants qui portent sur leurs épaules le monde à nouveau créé. Ces deux géants, nous les revoyons aujourd'hui devant nos yeux à la même table ! — Citoyen Robespierre, citoyen Danton, voulezvous voir les yeux des patriotes déborder de larmes d'émotion et de joie f — tendez-vous la main l'un à l'autre en signe de pleine et entière réconciliation, d'éternelle fraternité ! Remplissez vos verres, et précédeznous dans cet exemple entraînant; trinquez d'abord tous deux sous nos yeux, en garantie d'un bel avenir de concorde, à la santé de la République \ {Tous se lèvent enthousiasmés, criant pêle-mêle : Vive Danton ! Vive Robespierre I Réconciliation l Amitié éternelle ! Trinque^ ! précéde^^-nous , nous suivrons I)

Danton. — Que t'en semble, Robespierre ?

Robespierre [tranquillement), — Qu^est-ce qui peut nous empêcher de boire à la santé de la République ?

Danton. — Allons ! (// approche son verre du sien). Vive la République !

Camille. — Halte ! Vos cœurs doivent se toucher comme vos verres. De cette minute dépend le sort de la France, l'avenir tout entier de la République, Êtesvous résolus tous deux à vous accorder dorénavant en

Page 1