‹ Danton & RobespierreChapitre 47 sur 117 · ACTE II, SCÈNE V. ï · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V. ï

des meurtriers soudoyés égorgeaient les prisonniers dans leurs cachots, les moines dans leurs cellules. Ces meurtriers, qui chaque soir, dans les cours des prisons, fumaient assis sur les monceaux de cadavresj recevaient en secret leur salaire quotidien de la Commune de Paris. Et à la tête de la Commune était Danton.

Danton {violemment), — Qu'il se taise sur les journées de Septembre, celui qui ne veut pas réveiller en moi le lion assoupi 1 — Les provinces étaient en proie à la révolte, les bataillons de l'étranger marchaient contre Paris et excitaient dans le cœur des Français les instincts les plus sauvages. 11 fallait écraser les ennemis de l'intérieur. Septembre a été un acte de fièvre. On n'a pas tous les jours la fièvre, {Se levant). Ne me parlez pas de Septembre, je ne veux pas qu'on me le rappelle I {Camille^ F apaisant. Je repousse sur sa chaise),

Fabre. — C'est vrai, on ne devrait pas reprocher Septembre à la Commune, J'invite tous les gens impartiaux à nier, s'ils le peuvent^ que Danton luimême, et nous, ses amis, quand le bain de sang était en somme inévitable, ayons ce jour-là laissé échapper à droite et à gauche autant de victimes désignées à la mort que cela était possible.

CouTHON. — Je Tatteste. Je t'ai vu, Fabre, écrire à l'Hôtel de Ville le billet qui rendit la liberté à ton cuisinier prisonnier...

Lacroix. — La soif de sang des Dantonistes a été bientôt apaisée. Celui qui toute sa vie est altéré de sang est un tigre.

Robespierre. — Et celui qui a soif d'or est un traître*

Lacroix. — Est-ce une allusion ?

Robespierre. — Non — une accusation I — (Sensa^ iion parmi les assistants).

It4 DAKTON ET ROBESPIERRE

Cam[lle {effrayé^ suppliant). — Robespierre !

CouTHON {se tordant sur sa chaise y comme saisi de douleurs subites). — Ai, aî 1 raes jambes ! cela déchire et pénètre comme le feu du purgatoire ! — Comme cela vous prend soudainement ! Danton, ton vin est trop ardentj il réveille ma maudite goutte...

Dantort {qui depuis les paroles de Robespierre est resté muei). — Je veux dire un mot à Robespierre.

Camille et les autres. — Danton, calme-toi I

Danton. — Laissez- moi dire un mot à Robespierre! (// se lève pour s^ approcher de Robespierre).

CouTHON {veut le retenir et se dresse à moitié sur son siège). — Arrière, citoyen Danton, arrière ! Ton vin, citoyen Danton, est trop ardent !

Danton (saisit Couthon et le rejette en arrière sur sa chaise). — Place^ vieille vipère paralysée !

Couthon [criant de douleur). — Ai, ai ! {Rougissant de colère). Prends garde, cyclope I La vieille vipère paralysée a encore des dents. Elle peut te mordre au talon l

Satnt-Just {se place devant Danton). — Violence notoire contre les représentants du peuple ?

Fabre {regardant Saint- Just et Couthon). — Voyez ! les triumvirs se rangent en bataille ! {Fabre ^ Lacroix et Hérault se placent entre Danton et Saini-Just^ et poussent ce dernier de coté).

Saînt-Just. — Vous liez- vous à votre nombre ! Derrière Robespierre se tiennent des milliers d'hommes !

Fabre» — La peste eUe-mème trouverait des courtisans, si elle avait une cour 1

Saint-Just. — Homme elïéminé, tais-toi, alors que des hommes sont en face les uns des autres !

Danton [les poussant tous de côte). — Un mot à Robespierre î un mot à Robespierre !

Camille — Pas d'étourderie^ Danton ! Je t'en con-

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