ACTE III, SCÈNE II. I
mieux que de caresser les femmes. Qu'étaient les autres en comparaison de vous, les Girondins d'abord, ces eunuques de la Révolution ? Des bavards! — Je ne suis pas de votre parti, Danton ; mais vous étiez un homme, Danton, un homme !
Danton. — Cest vrai. {Avec véhémence). Ils s'imaginent qu^ils peuvent se passer de moi — mais je vous le dis, cette tête puissante [saisissant sa tête des deux mains) — cette tête puissante laissera un grand vide — un grand, grand vide, je vous le dis.
Hérault. — Malgré toute sa finesse, combien de temps pourra-t-il marcher, ce rêveur sournois de Robespierre, avec ses misérables complices ?
Danton. — Oui, Hérault, s'il m'était possible de léguer mes jambes au paralytique Couthon et ma virilité à rimpuissant Robespierre, cela pourrait traîner encore quelque temps. Mais la République va mourir dans quelques mois de marasme doctrinaire !
Hérault. — Il n'est pas terminé, le combat entre Danton et Robespierre ! La question est de savoir si c'est Tesprit de Danton ou Tesprit de Robespierre qui l'emportera définitivement en France !
Danton. — Tu as raison, Hérault. [Avec une passion enflammée et impétueuse) :
Ah ! attends, attends, VU Robespierre ! Danton s'assied, Vivant ou mort, sur ta nuque, r^
Et toi, tu devras le porter, le porter, Oui, le porter, le porter, comme un cbeval fatigué Qu'un cavalier fantôme pique jusqu'au sang* — Oui, le porter jusqu'à la fin, jusqu'à te que toi aussi Tu t'écroules. —
Un envoyé du tribunal [entrant^ d'un ion sec con-
forme à ses fonctions), — Citoyen Danton, citoyen Camille, citoyen Lacroix, citoyen Fabre d'Eglantine, et tous ceux qui sont impliqués dans le procès des Danton istes ^ au nom du tribunal, j'ai à vous informer qu'en raison de la tentative qui a eu lieu d'exciter une révolte populaire en votre faveur, comme en raison des troubles survenus dans les prisons mêmes et de votre attitude devant la justice, on est forcé d'exécuter dans un très court délai la condamnation à mort que déjà vous connaissez; pour cette cause vous êtes invités —
Dantox. — Abrège 1 Nous n'avons plus le temps d'entendre de longs discours. Ta longue haleine ne s'accorde pas avec la courte haleine que vous nous laissez encore. Viena ici, camarade; à mon côté, homme du tribunal 1 (// remplit un verre). Nous portions justement un toast* {^U envoyé refuse ; Danton s'emporte avec impétuosité). Homme du tribunal, le sourcil de Danton est-il dune déjà devenu si pelé en prison, que tu ne trembles plus devant lui ? {Uenvoj^é obéit insiinctivement et stiisit la coupe). Et maintenant, le toast pour la dernière fois !
Noas jouissions de la vie, de la vie rose et brillante,
Et quoique nous soyons maintenant sur le seuil de l'Hadès,
La verre ue 3*éc happe pas de nos mains ;
Nous portons encore ua toast à la lumière dorée !
( On trinque et on vide les coupes) Danton [se levant et accompagnant V envoyé jusqtC à la porte), — Va maintenant, salue Fouquier, et demande-lui s*il sait de source certaine que je serai enroué, au cas où il me plairait de parler au peuple sur l'échafaud ? Va I {V envoyé sort), A présent, je veux dormir