ACTE III, SCÈNE III. l
nombreux, les jours où je ne puis être suffisamment seul. Qu'est-ce qui m'entraîne donc toujours sous les arbres verts de Montmorency, où Rousseau a cheminé, où il a écrit son immortel petit livre sur les droits de l'homme ? — {A une vieille femme qui^ chargée d'imfagot^ arrive en toîLssani). Petite mère, où sont aujourd'hui les époux Miraud ? Personne dans la cabane ?
La VIEILLE. — Les noces d'or ^ tout le monde à l'église — tout le voisinage — La Sibylle de Montmorency aussi —
Robespierre. — D'où vient ce bois, la vieille ? Ramassé, volé dans la forêt ? Hein ! — Encore loin ?
La vieille [montrant une hutte). — Là \ (Elle veut continuer sa route, mais elle chancelle sons le fardeau),
Robespierre (impatiemment), — Je ne puis supporter cette vue. Pourquoi vous chargez-vous tant à la fois .? [Il prend le fardeau, le porte à la hutte et Vy dépose).
La vieille {suit en tremblant), — Ah, Dieu ! — un monsieur comme vous — [Elle entre dans la butte),
Robespierre {reparaissant^ se laisse tomber sur un tronc d'arbre. Après une pause, pensif, se parlant lentement à lui-même) :— Le tribunal révolutionnaire, dans son organisation actuelle, ne répond pas encore complètement à son but. Toujours trop de formalités. Que sont quelques centaines de têtes humaines de plus ? qu elles tombent î qu'elles tombent ! {Bruit dans les branches d'un arbre. Robespierre lève la tête). Un maudit garnement qui déniche les jeunes oiseaux l {Il saisit une pierre. Avec colère) : Descends, mauvais sujet, et laisse les oiseaux, ou bien cet autre oiseau va te voler à la tête l {L'enfant s'enfuit).
Robespierre. — Je me sens fatigué. L'air des bois fait du bien. Quand on échappe à ce mouvement con-
fus OÙ une multitude de choses défilent devant les sens émoussés, alors la vie bornée de la forêt paraît singulièrement significative. — Voilà une petite fourmi qui se traîne en emportant avec elle un ver passablement long. Le ver se tord, la fourmi continue à courir avec le ver qui se tord sur son dos ; parfois elle s'arrête, et elle pique, elle pique vigoureusement le ver qui se tord — elle peut Tentraîner plus facilement une fois mort — le voilà mort.
Madame Duplay [entrant avec Léonore), — Vois-tu .? je l'avais dit — Citoyen Robespierre ?
Robespierre {levant les jf eux), — Vous ici ?
Madame Duplay. — A cause de vous. Mes genoux chancelèrent quand je ne vous vis pas revenir du Comité de Salut public. Duplay, dis je, le citoyen Robespierre est parti ! « Oui, répondit-il, comme un homme qui creuse une mine et attend qu'elle éclate — il m'a invité à le rejoindre cette après-midi dans la forêt de Montmorency, à l'Ermitage de Rousseau ». — « Bien, ai-je dit, je vais en avant avec les filles. Nous ne pouvons pas le laisser seul ». N'ayez pas l'air si sombre. C'est par intérêt... Savez- vous qui est là .? Votre ami Lebas, qui revient de l'armée — le fiancé de Thérèse.
Robespierre. — Déjà arrivé ?
Madame Duplay. — Au moment où nous partions.
Naturellement il nous a accompagnés. Lui et Thérèse — les amoureux — les voici ! [Lebas, Thérèse à son braSy s'avance).
Robespierre. — De bonnes nouvelles, Lebas f
Lebas [lui serrant la main), — La meilleure," je la trouve ici. L'équivoque Danton abattu —
Robespierre. — Et toi .? tu as dernièrement fait emprisonner deux généraux, puis tu les as envoyés à Paris. C'est bien.