ACTE III, SCÈNE III. I
Madame Duplay* — En effet — un jeune homme — on tire un homme âgé de la voiture*
Saint*] usT (s' avance ^ criant derrière Itti) : — En avant, vous autres I Ici [ [Apercevant Robespierre). Une surprise, ami Robespierre ! une surprise dans la forêt ! Mille tonnerres I Terrain pour Couthon ! N'y at-il pas ici un banc de mousse?
CouTUON {porU par deux paysans qui le saisissent sous les bras), — La justice le suit en boitant. Le diable lui-même serait vaincu à la course par ce jeune fier-à-bras î
Madame Duplay, — Cette place est commode, citoyen Coutbon ! {Elle lui montre un banc de pierre couvert de mousse où il s'assied).
Couthon. — Ah ! — Citoyenne Duplay, quand je serai resté une heure assis et que j'aurai respiré l'air délicieux des boisj je hasarderai un menuet avec vous.
Madame Duplay, — Que Dieu le permette, citoyen Couthon ! {Mlle s^ assied auprès de lut).
Saint-Just (s^ asseyant pareillement]. — Le travail achevé, le repos est doux. (A Robespierre), Nous avons partagé avec toi les fatigues de la matinée — à présent nous partageons ta sieste dans la forêtsilencieuse.
Madame Duplay. — Vous trouvez ici plus que vous n'espériez, — {Bile montre Lebas et Thérèse gui reparaissent),
Saint-Just. — Ami Lebas! {L'embrassant). Nous nous sommes séparés dans la poussière du camp — maintenant nous nous revoyons au milieu de la verdure.
Lebas. — Un bonprésage !
CouTifON. — Sois le bienvenu, jeune homme ! {lis se serrent la maiu).
140 DANTON ET ROBESPIERRE x
Robespierre {commençant avec le ton secd^un homme d* affaires). — Je suis ravi de voir autour de moi mes plus intimes amis. J'ai beaucoup de choses à examiner avec vous. Le tribunal révolutionnaire ne répond pas, dans sa forme actuelle —
Lebas (qui y causant à voix basse avec Thérèse^ na pas entendu les paroles de Robespierre], — Te rappelles-tu encore, Saint-Just, comment parfois nous quittions le camp et gravissions la cîme de la montagne et son château en ruines f puis, de la crête du rocher, nous contemplions la vaste plaine et ses tentes apparaissant dans la clarté du matin — alors nous parlions de Thérèse.
Saint-Just. — Et d'Henriette, ta charmante sœur.
CouTHON. — Voyez donc ces sérieux patriotes ! — Ils bavardent comme les galants cavaliers 'du bon vieux temps.
Lebas. — Ce que sont la galanterie et Tamour, vous pouvez certes l'avoir oublié depuis longtemps, Couthon !
CouTHON. — Tu te trompes, mon jeune ami ! si je voulais l'oublier, mes jambes m'en feraient souvenir.
Lebas. — Vos jambes ? quoi ? l'amour vous a joué ce mauvais tour }
CouTHON. — Il m''a abîmé de fond en comble — mais non pas comme peut-être vous l'imaginez.
Lebas. — Racontez.
Madame Duplay. — Oui, racontez, citoyen Couthon !
CouTHON. — Eh bien, citoyenne Duplay ! — J'étais un jeune écervelé, comme Lebas ; j'aimais, comme lui, une aimable enfant, mais je devais aller la trouver la nuit, à une grande distance, dans un château isolé. — Une fois, des espions apostés me pincèrent ; je dus sauter par la fenêtre. — Hélas ! je m'enfuis par