‹ Danton & RobespierreChapitre 69 sur 117 · ACTE III, SCÈNE III. IJI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III. IJI

sur ce point j'ai la Sibylle de Montmorency de mon côté.

Robespierre. — Nous l'appellerons l'Etre suprême. Que chacun y trouve ce qu'il peut en saisir. Pour cet Être suprême nous établirons une fête digne de lui, qui inaugurera l'époque nouvelle dans laquelle seront vaincues la grossièreté des Hébertistes et la soif de jouissances des Dantonistes, et l'idée républicaine se dévoilera dans sa netteté. — Enfin je propose de transporter les os de Rousseau avec pompe au Panthéon. On y a transporté le frivole bavard Voltaire. Maintenant le temps du sérieux Rousseau est venu. — J'ai fini.

Saint-Just. — Rien de plus, Robespierre ? — A quoi servent les grandes idées, sans Tunité et la précision dans l'exécution ? Le mieux doit toujours se réaliser par le moyen d'un seul. Nos collègues du Comité de Salut public, le souple Barère, le farouche CoUot d'Herbois, sont des gens qui continuent par habitude à décréter et à guillotiner, mais que le diable m'emporte, s'ils ont dans la tête la moindre idée de ce qui doit suivre et de la façon dont la République prendra une forme solide ! — De plus, ils envient secrètement ta grandeur, ta puissance sur le peuple. Dans la Convention, c'est la même chose. Ecartons ces têtes vides ! — Balayons de l'aire la paille !

Robespierre (se tàît.)

CouTHON. — Songe à Cromwell, Robespierre ! — lui qui, lorsqu'il en était besoin, chassait les bavards du Parlement, fermait la porte, et mettait les clefs dans sa poche. N'en as-tu pas envie ?

Robespierre {se tait).

CouTHON. — Enfin, comme il te plaît ! — Il fait froid ce soir. Un frisson court dans les arbres. — Allons-nous en. Holà ! citoyenne Duplay ! {La fa-^

mille Duplay et Lehas reparaissent). Nous partons, citoyenne Duplay.

Madame Duplay, — Tant mieux. La forêt commence à devenir peu rassurante. Savez-vous, citoyen Couthon, qu'il ne fait pas sûr dans la forêt de Montmorency?

CoUTHON. — C'est très possible.

Madame Duplay {avec inquiétude), —A l'instant même une paysanne m'a raconté qu'un fou erre ici, principalement la nuit. — Et savez-vous qui c'est ? rhommç qui a composé la Marseillaise !

CouTHON. — L'auteur de la Marseillaise? Il se trouve depuis longtemps sur la liste des réactionnaires. ^ Madame Duplay. — Il est devenu fou — l'effet produit dans toute la France par son sauvage chant révolutionnaire lui a enlevé la raison K — Ah, Dieu ! si

. * Cette aUégation, il est inutile de le faire remarquer, n'a rien d*historique. Ce qui est vrai, c'est que Rouget de Dsle, qui avait accepté 1789, et prêté serment à la Constitution de 1791, n'accepta p'as 92 et alla jusqu'à appeler le 10 Août une « catastrophe ». Suspendu, puis révoqué pour ce motif de ses fonctions de capitaine commandant la place de Huningue, il dut se dérober aux poursuites et erra pendant deux mois en Alsace, jusqu'au moment où, découvert et arrêté comme suspect, il fut incarcéré à Saint-Germain en Laye ; il y demeura prisonnier un an et sept mois et ne fut délivré qu'après la chute de Robespierre. Il est juste d'ajouter que la Marseillaise fut uniquement, dans la pensée de son auteur, le chant de la défense nationale, et quand, bientôt, celui-ci la vit changée en cri de haine contre la royauté, qu'il voulait simplement plus libérale et constitutionnelle, et devenue comme le symbole des luttes civiles, il ne perdit pas la raison, mais se -. plaignit amèrement qu'on eût dénaturé l'intention de son œuvre. — Voir notre brochure : Rouget de Lisle et la Marseillaise^ Paris,' 1883.

Note du traducteur »

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