ACTE m, SCÈNE III. I
je rencontrais dans le bois un semblable fou aux cheveux en désordre, j'en mourrais î
CouTHON. — N*ayez pas peun Nous partons tous ensemble. {Duplay et Lchas U soidèveni pour remmener. En sortant:) Citoyenne Duplay, le menuet n'est pas encore pour aujourd^hut-
Saint-Just {en s*en allant), — Robespierre, je m'émancipe. Je te répète que je proposerai ta dictature et une liste de proscription- Dans toutes les formes du droit — je reste sur le terrain légal — (// suit les autres),
Léonore [s^ avançant du fond du théâtre pour se joindre aux autreSy trouve sur la place déserte son bouquet que, dans la chaleur de son discours^ Robespierre a effeuillé^puis laissé tomber à terre. Elle le ramasse et le contemple avec tristesse. Robespierre s'approche d'elle), —
Ah [ citoyen Rpbespierre, Vous avez effeuiUé et jeté à terre mon bouquet» Ah ! tout est arraché, gîtié, écrasé, Excepté cette tendre fleur de couleur tougeàtxe,
Robespierre. — Donnez ! — en effet, ce seul;bno de bruyère — [Saisissant la main de Léonore ^ avec énergie :) —
CeUe-ci, je la porterai sur ma poitrine
A la plus grande fête de France ! — Va^ chère enfant !
{Léonore s'éloigne. Pendant ce iemps^ le jour a sensiblement baissé).
KoBESMEKKE {seul avec sespensées), — Certainement, Saint-Just ; ton procédé est légitime. — Proposez et décidez ce qu'il vous plaira. — Vous voulez me faire
i;4 DANTON ET ROBESPIERRE
dictateur ? Je le suis — (// veuf s'éloigner lentement).
Une étrange figure voilée {sortant du bosquet). — Arrête, Robespierre I arrête, Robespierre ! arrête, Robespierre !
Robespierre {se tournant, tandis que P étranger sai' sitsa main). —
Homme, ta main est de fer, et aussi froide Que si tu sortais du tombeau'—
Le FANTOME. —
La tienne fume de sang — Oui, oui, de sang —
(// repousse avec horreur la main de Robespierre). Robespierre. —
Q.ui es-tu ?
Le FANTOME. —
Je suis rame Du sang, qui se fige et fume sur ta main '— Je suis ta mauvaise conscience, je suis le remords — Je suis Tesprit de Danton. —
Robespierre, {se disposant à s'en aller).
Insensé ! Le FANTOME. —
Arrête, Robespierre ! arrête, Robespierre ! arrête, Robespierre! N*ayance pas davantage, Robespierre, dans ta voie ! Elle conduit dans la nuit, dans des abîmes pleins de terreur Et d'épouvante de toi-même —