ACTE m, SCÈNE IIU . IJJ
Robespierre. —
Arrière I
Le FANTOME. —
Arrête î il est trop glissant de sang humain, Le sommet où tu te tiens !
Robespierre. —
Arriérer arrière!
Le FANTOME, —
Je suis Tesprit de Danton, je suis le remords, Je suis ta mauvaise conscience —
Robespierre. —
L'esprit de Danton ? — Ecoute, esprit de Danton ! tu connais mal Robespierre, Si tu t'imagines que le remords l'oppresse Pour le meurtre de Danton* — Ecoute 1 Mon unique tourment, C'est la pensée qu'il ne m'a pas été permis De plonger dans l'éternelle nuit de la mort, avec Danton, Tout ce qui lui ressemble — Tout ce monde imparfait et débile Qui m'entoure — tout ce monde somnolent, Incapable de s'attacher à une grande Idée — de la conduire jusqu'au but final Avec fermeté, vigueur et logique — Cette sagesse de taupes -^ cet enthousiasme De courte haleine, qui, semblable aux spasmes de l'évanouissemeiitt S'éteint durant l'attaque, et qui est pire Qjie le repos absolu — la frivolité
Qui s'étend nonchalamment sur le lit moelleux de la gloire^ •— Ces viles prouesses d'histrions
Qui se gonflent dans leurs grands rôles, et qui n'aspirent Qii'aux applaudissements — la soif blasée Et ardente des plaisirs du sexe — tout cela^ écoute,^
Esprit de Danton, je Taurais envoyé bien volontiers
Avec Danton dans la nuit éternelle ! '—
Pièce par pièce cela doit le suivre ! Je combattrai cela
Par tous les moyens — tous ! — Je veux être
Le pédagogue delà France, jusqu'à ce qu'elle échappe à la férule,
Jusqu'à ce que le Français, châtié en enfant,
Ait appris à être un homme. Je veux, au nom
De la liberté, brandir le fléau du tyran
Jusqu'à ce qu'inébranlable sur une base
D'airain se tienne la République. — Adieu,
Esprit de Danton, et songe à ce que j'ai dit !
(// se retourne pour s'éloigner).
Le FANTOME. — Arrête, Robespierre ! arrête, Robespierre ! arrête, Robespierre ! Je te le répète pour la dernière fois : n'avance pas davantage, Robespierre 1 Arrête-toi dans ta voie —
Robespierre. —
Je continuerai à suivre, Immuable, la ronte que j'ai parcourue.
Le FANTOME {tirant soudain un poignard). — Tu ne le feras pas I tu es mort ! (// veut lui enfoncer lé poigrand dans la poitrine. Le poignard rebondit de la poitrine de Robespierre défendue par une 'cuirasse cachée, La pointe brisée tombe à terre, Robespierre tire un pistolet et fait feu sur V inconnu. Celui-ci chancelle ^n arrière et disparaît dans le bosquet),
Robespierre. —
Où es-tu, misérable ? disparu dans la terre ? Evanoui comme un voleur ? Hs-tu un être De chair et de sang ? es-tu un spectre nocturne ? N'importe, n'importe, tu vois, je triomphe 1 Tu vois, ton fer a rebondi contre moi,