ACTE IV, SCÈNE III
tule ainsi est républicain, à moiûs qu*il ne soit fou. Si, dans cent ans, il y avait encore un roi avec sceptre et couronne et une cour brillante, on le trouverait aussi ridicule que le Dalai Lama ou l'éléphant blanc de Siam. — {Regardant la scène). La marquise de Saint- Amarauthe est en vérité une charmante jeune femme. —
David. — N'est-ce pas la superbe comtesse Cabarrus qui marche à ses côtés ?
Chénier. — L'amie de Tallien. — Vois-tu comme il la poursuit, le roucoulant Céladon, le lion dompté de Bordeaux ? ( Tous deux se tournent vers le fond^ pendant que ceux-là s^avancenf).
La MARauiSE DE Saînt-Amaranthe (des traits ro» manesques — un costume un peu rechercha et étrange). — Tu ne l'aimes pas ?
.. La comtesse Cabarrus {femme magnifique à Vair orgueilleux), —
Ce chien sanguinaire, qui en prison M'a fait languir ?
La MARauisE {plaisantant), —
Pourquoi donc, beUe amie, N*as-tu pas essayé sur lui La toute-puissance de ta beauté ?
La comtesse. —
De cet homme je voudrais
Ne voir étendue à mes pieds qu'une chose —
La tête...
La MARauiSE* —
Eh, voyez-vous !, tu es certes toi-même . Un Robespierre en jupons de femme, — Il a Pourtant de nobles et grands, desseins —
La comtesse. —
Tête exaltée !
S'accordent-ils avec la soif de sang, les nobles desseins ?
La marquise. —
Interroge là-dessus madame Théot —
La comtesse. —
Ce nom Depuis quelques semaines frappe sans cesse mon oreille. Qu'est-ce donc que cette dame ?
[Les^ deux dames se laissent tomber sur V ottomane j Tallien reste debout derrière la comtesse ou près d'elle; il appuie son bras sur le dossier d'une chaise). La MARaUISE. —
Avant tout, ses ennemis L'injurient comme fondatrice de secte.
Dans toutes les classes elle a des prosélytes —
La comtesse. —
Et aussi, à ce que je vois, chez des gens où On ne devrait pas la chercher ! — Chère amie, Comment peux-tu te laisser si outrageusement circonvenir Par une vieille folle qui s'avise D'annoncer un évangile mystique Dans ce temps d'aveuglante lumière ?
La MARaUISE, —