‹ Danton & RobespierreChapitre 84 sur 117 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Peut-être indigne en « Temple des Mystères ».

Tous n'ont pas au cœur un aiguillon qui les pousse

A aller la chercher dans son habitation lointaine et isolée,

Bt tombant en ruines. Ici est rassemblée ,,

Une société choisie. Madame Théot est

Dans mes apparteineats et bientôt elle va paraître -^

Cette maison est aujourd'hui la tienne , et moi-même

Je n*y suis que son invitée —

La comtesse {avec une légère moquerie), ^- Oui, ce sont de très mystérieuses surprises — semblables à celles qui attendent les enfants sages la veille de Noël l —

La MARauisE- — Il y a plus encore que tu ne penses, chère amie ! Et pour que je te Tavoue — quelqu'un aussi va paraître ^ que tu ne songeais pas à trouver ici —

La comtesse» — Et qui ?

La MARauiSE, — Celui envers lequel ton souhait, il n'y a qu'un moment, faisait de toi une Hérodiade — le héros du jour — Robespierre l

La comtesse [se levant), — Venez, Tallien 1

La MARQjUiSE- — Reste, Elisa, reste Ml a promis de ne demeurer que quelques instants en notre compagnie.

Talli::n. — Eh I le réservé Robespierre ? —

La MARauisE» ^ Il a hésité longtemps. Mais sur le récit que lui fît un ami des succès de madame Théot, il dit enfin, après avoir tranquillement réfléchi : J'irai.

La COMTESSE. — Tallien^ nous restons,

{On entend au loin une douce musique, La compa gnie devient attentive).

La MARaufSE. — Elle s'annonce déjà.

{La musique se tatt, La marquise se tourne vers ses invitas.)

l80 DANTON ET ROBESPIERRE

Honorables hôtes i Au milieu de nous va paraître sur-le-champ La prophétesse, qui annoncera en termes sublimes Ce qui ne pourrait jamais avoir une portée plus haute Que le jour qui, pour la première fois, A vu toutes les classes et tous les partis Réunis par la fête la plt^/Solennelle !

{La musique recommence, mais un peu plus fort ; la salle s^ obscurcit — dans le demi-jour s'avance touUàcoup madame Théot^ la prophètesse^ habillée d'une manière fantastique, une couronne sur la tête).

La prophétesse {en extase — avec un ton dramatique et vivanty qui rend immédiatement sensibles les tableaux qu'elle présente).

Qui êtes-vous, hommes et femmes ? Etes-vous des pèlerins qui à travers la mer rouge de sang veulent atteindre la terre promise ? Les voyez-vous qui vous attirent, les Hespérides d*or ? Arrière ! arrière I un double fleuve les enceint — un fleuve de sang, un fleuve de feu ! Le fleuve de sang fume, le fleuve de feu bouillonne — et sur le noir nuage de vapeur formé par tous les deux se tiennent des démons ricanants. — Un air étoufl'ant se répand alentour — Où êtes-vous donc, anges qui versez la fraîcheur avec vos tiges de lis et vos branches de palmiers ? -^, Je voudrais parler — que sont les mots ? les noms ? Une belle constellation, c'est le Scorpion au ciel — mais, sur terre, c'est un vil insecte rampant dans la poussière ! Les mots brillent — les images parlent. Regardez l Montez avec moi au zénith et contemplez les profondeurs ! Voyez-vous le globe tourner ? Il voudrait s'élever tout entier au royaume de la lumière, mais comme il se meut circulairement, un de ses hémisphères est enveloppé dans les ténèbres. —

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