‹ Danton & RobespierreChapitre 85 sur 117 · ACTE IV, SCÈNE III. l8l · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III. l8l

Désespéré, il voudrait s'abîmer dans les ténèbres, mais la source de la lumière en baigne toujours une moitié. Soumets-toi, soumets-toi, enfant du crépuscule ; le temps viendra où les vagues de la lumière fensevel iront de tous côtés. — Voyez-vous la danse des étincelles du feu rouge de l'enfer au sein de TErèbe ? le temps viendra où Tétincelle s'unira à l'étincelle, et où la sphère de feu, se condensant, s'élancera dans l'espace comme une belle étoile blanche. — Je vois un temple — des gouttes de sang et des larmes tombent sans fin de ses murailles — n'ayez pas peur ! elles se figent et forment les colonnes, les statues d'une cathédrale magnifique. — Un géant immense est assis solitaire dans l'immense espace — il ouvre la bouche — il veut parler — sa langue s'étend hors de sa bouche, elle s'étend, s*étend et s'allonge, et devient un serpent — un serpent qui n'en finit pas, gigantesque, dardant autour de lui sa langue en larges, larges replis, en torsions si nombreuses, si nombreuses, que son extrémité ne connaît plus le géant qui lui a donné naissance, qu'elle se dresse contre lui comme s'il était un corps étranger, et que, le piquant, elle le menace de son dard venimeux I Mais, quand le temps est venu, le géant l'étouffé, il reprend son calme, et il annonce désormais les paroles de vie. — Quand? ah, quand? — C'est avec des larmes que Thomme entre dans l'existence — hors des nuages immerge l'astre — hors du chaos, le monde — du sein des tempêtes, la liberté. Les torrents bouillonnent — où est le nautonnier ? malheur ! malheur I les flots montent — toutes les nacelles sont brisées. — Où est le Moïse qui nous conduira sur la terre promise à travers la mer rouge de sang ? {Au comble de V extase). Parais, Consommateur! parais ! — Il vient I Le tonnerre et l'éclair le précè-

ïSa - DANTON ET ROBESPIERRE

dent ! {Une lueur rouge se répand à plusieurs reprises

sur la scène). Parais, Consommateur, parais !

{En ce moment entre Robespierre^ calme. Les reflets de la lueur rouge tombent sur son visage^ puis se dispersent. Tandis que tous les yeux sont tendus sur luiy il s'avance lentement vers le fond^ pour saluer la marquise de Saint-Amaranthe), Robespierre. — Vous avez désiré, noble dame, me

voir à votre réunion —

La prophétessb {allant à sa rencontre). —

Toi qui méprises Le monde, et aimes THumanité — salut à toi !

Pluie orageuse tombée sur les sillons de la France, Salut à loi ! — Persévère — va immuable au but ! La Révolution est un sphynx — Elle précipite dans l'abime tous ceux Qui ne savent pas résoudre parfaitement son énigme. Tu Tas résolue. Mais songe à Œdipe, O toi qui devines les énigmes ! songe à Œdipe. Toi aussi, le sort te menace ! — Partout Il y a faiblesse, sottise, égoïsme — Ce ne sont que des hommes qui combattent à ton côté ; Mais toi, tu n*es pas un homme — tu es La volonté — tu es la force — tu es la pensée — Tu es l'unité ! — Persévère et ose, ose, Robespierre !

Robespierre {avec une emphase solennelle). — Je parcourrai ma route comme je l'ai parcourue jusqu'ici : calme, résolu, circonspect, ferme et assuré. Beaucoup de choses se transforment autour de moi ; je reste le même. Je veux prendre au sérieux l'idéal républicain de Tégalité et de la fraternité parmi les hommes. Je veux substituer la vérité à Tapparence, le sentiment vrai de la dignité humaine au faux sentiment de

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