ACTE IV, SCÈNE III
Thonneur, le charme du bonheur moral à l'ivresse effrénée des jouissances, l'empire de la raison à la tyrannie de la routine.
Bientôt la Terreur sera devenue superflue, et la France fatiguée jouira du prix de ses efforts. Mais auparavant, [lançant un regard de côté sur TalHen) je ne dédaignerai nullement de répondre aux provocations de méchants pygmées qui osent se présenter comme la triste arrière-garde de géants abattus. Je protégerai le peuple contre les intrigues des égoïstes qui calomnient mes intentions, qui veulent entraver ma route.
La MARQjuiSE DE Saint-Amaranthe ^se foume vers Robespierre^ tandis que la prophétesse disparaU dans la coulisse. Depuis Ventrée de Robespierre^ la scène s* est de nouveau éclairée)* — Après la prophétessej la plus humble, la plus modeste de vos admiratrices oserait-elle prendre la parole ? Votre entrée ici veut dire bonheur pour ma maison, bonheur pour toute cette assemblée; elle est un gage de réconciliation — un gage indiquant qu'enfin et pour toujours se soudera la chaînede la société, et que bientôt peut-être se toucheront certaines choses qui, jusqu'ici, se sont tenues très éloignées. — Venez, citoyen Robespierre ! prenez place au milieu de ce cercle qui vous regarde avec espoir et confiance ! [Elle conduit Robespierre au fond de la scène t où, au milieu d'un cercle brillant, il prend place à une tabh ; de façon cependant que lui et son entourage sont presque cachés par les deux grandes colonnes du milieu),
La COMTESSE Cabarrus [s* avançant avec TalUen en hâte et dans une grande agitation ; elle tire de son sein un petit poignard renfermé dans une gaine été' gante et en montre la lamcy sans être vue des personnes du fond), — Tallien ! voyez-vous ce fer ?
Tallïen. — Comtesse — vous êtes une femme —
La comtesse. — Charlotte Corday, pénétrant dans la chambre de l'afireux Marat, n'a-t-elle pas prouvé qu'en France les femmes doivent faire ce que les hommes n'osent pas ?
Tallïen. — Donnez-moi le poignard —
La comtesse. — Oui, Tallien, je suis une femme — et vous un homme — et vous avez pourtant bien vu de quel regard il vous a mesuré I
Tallïen. — Donne-moi le poignard, Elisa !
La comtesse. — Prenez ! Et si ce fer ne boit pas le sang du tyran aussi avidement que lui-même a bu le sang de THumanité, ne paraissez plus devant mes yeux! — Vite, avant que ses sbires, qui une fois déjà m'ont plongée dans les ténèbres d'un cachot, puissent étendre de nouveau la main sur moi I car il me connaît bien —
Tallïen. — Femme adorée ! que ne ferais-je pas pour ta possession ?
La comtesse. — Assez ! {Elle se dirige rapidement vers le fond).
TALLiEN {cachant le poignard dans sa poitrine), — Ce fer ? hum ! je le garde pour un cas extrême I — Tiens, Tami Billaud ! •—
Billaud-Varennes — II a parlé clairement —
Tallïen. — Il a parlé très clairement, notre moraliste, notre puritain — en présence d'un de ses collègues du Comité de Salut public — en ta présence, Billaud ! —
Billaud. — Nous sommes maintenant, au Comité de Salut public, à peu près habitués à le voir sans masque.
Tallïen. — Vraiment }
Billaud. — Il faudrait que tu le visses là une seule fois. Un vrai despote, te dis-je. Il arrive tard, entre