ACTE IV, SCÈNE IV
les yeux I — Ah I citoyen Robespierre, n'est-ce pas en vérité horrible *?
Robespierre. — Je n'en sais rien. Demande au guerrier sur le champ de bataille si Toeil mourant de l'ennemi Tépouvante. Demande au chasseur si le regard du tendre chevreuil l'émeut. Il y eut un temps où le meurtre d'une mouche me coûtait un effort. Et 'maintenant une vie humaine n'est rien pour moi. Même la mienne. Qui me traite de lâche? Jouer au soldat fanfaron, le sabre au poing, ce n'est pas mon affaire, j'en conviens. Mais je suis allé tranquillement à la rencontre de mes adversaires les plus forcenés, j'ai engagé la lutte avec eux. Le poignard d'une femme assassin m'a-t-il moins menacé que Marat lui-même f En ai-je pour cela moins tranquillement poursuivi ma route ? J'ai triomphé — j'ai survécu à tous. — Je crois que je suis un homme qui ne peut mourir — et -pourtant, parfois je voudrais mourir. -^ Enfant, redeviens calme — oublie ce que tu as vu. Je te promets qu'à l'avenir je ne tuerai plus de femmes étourdies, au caractère superficiel, qui n'ont aucun sentiment patriotique, qui ne se soucient en rien de l'honneur ou de la honte de leur nation : je me contenterai de les faire flageller à coups de verges jusqu^au sang. — Redeviens calme, enfantt
(<) Après DeliUe et Victor Hugo, Hamerling, à son totir, idéalise poétiquement ce triste épisode de l'histoire de notre Révolution. Ramenée à ses proportions strictement historiques, la légende des vierges de Verdun se réduit à l'exécution de douze femmes dont une âgée de 69 ans^ six de 41 à 56 ans, et cinq de 23 à 26 ans. Deux autres, impliquées dans le procès, furent en raison de leur âge — elles avaient 17 ans — simplement condamnées à «Tingt années de réclusion. Cet épisode est suffisamment lamenta- ]>le dans sa réalité historique, sans qu'il soit besoin de le dénaturer pour accroître la pitié douloureuse qu'il inspire.
Note du traducteur,
il*
190 DANTON ÎT ROBESPIERRE
Vois-tu, Léonore, Aujourd'hui je suis comme un homme qui a gravi Une montagne. Arrivé au sommet, Il s'étend pour se reposer et regarde en arrière Le chemin parcouru. Significatives deviennent Pour lui à ce moment toutes les choses devant lesquelles, dans
[la hâte de la marche.
Il a passé sans presque leur jeter un regard. Je suis aussi comme un guerrier : dans la confusion Et le tumulte du combat, remarque-t-il la fleur Qui s*épanouit sur le champ de bataille ? Mais après la victoire. Il s'étend près d'elle peut-être pour se reposer, . 11 raperçoit, se baisse^ son œil se repaît De sa pure heauté. Toi, Léonore, Tu es une fleur semblable, pure et paisible ! Ahl comme je regrette qu'une goutte de sang Du combat tumultueux qui autour de nous mugit encore Ait rejailli sur toi — ait terni ton pur émail ! Oh ! secoue-la, cette goutte de sang maudite, chère enfant ! Redeviens gracieuse et gaie, comme autrefois !
Léonore, — Ah ! citoyen Robespierre, j'étais jadis si heureuse !
Robespierre {la regardant avec douceur). — Tranquillîse-toij enfant!
Léonore {essuyant ses larmes), — Oui, citoyen Robespierre.
Robespierre (/w/ saisissant la main). — Surmontetoi, et rends -moi ta sympathie !
Léonore. ^ Oui, citoyen Robespierre.
Robespierre {dépose un baiser sur son front), — Pourquoi trembles-tu?
Léokorh* — Votre lèvre est froide, citoyen Robespierre.
Robespierre. — Petite folle ! elle brûle, mais toh