ACTE IV, SCÈNE IV. , I9I
front est encore plus chaud. — Souris de nouveau, Léonore ! Je le veux. {Sévèrement). Entends-tu ? Je le veux ! Souris, te dis- je I
Léokorè. — Je tâcherai^ citoyen Robespierre.
RoBESPibRRÊ {entourant tranquillement de son bras h cou de Leonore), — Ton beau cou blanc de cygne me ravitj jeune fille I — Ce rouge collier de corail enlace avec tant de charme ce cou blanc — il serpente autour de lui comme une trace de sang —
LioNORE {frissonnant). — Oh, Dieul jeparsl je pars I [Elle veut sortir),
Robespierre* — Reste ! (// veut la retenir).
Léonore [lui échappant violemment), — Je ne puis pasj ô DieUj je ne puis pas î
Robespierre {s' emportant)* — Folle créature 1 {Elle s^enfuit),
Robespierre {après une pause). —
Voyez, voyez î une jeune fiUe, presque encore uûc enfant, EUe ose ^
[Portant la main à son froni).
Ha ! Robespierre, fais attention ! —
Quoi donc, Rolîespierre ? Ha l tu as été faible —
Faible, faible pour la première fois en ta vie \
[Se laissant tomber sur une chaise^ pensif).
Qu'a étéjusqu*ici la femme dans mon existence? — Un cou de cygne blanc et gracieusement modelé, Un sein délicat, une joue ros*, Un bras blanc, tendre et mignon de jeune Elle, Qu*était-ce pour moi (pe cela ? — Et maintenant ? le bonheur de
[ce jour M*a-t-il enivré à ce point ? la marquise M*a t-elle versé dans aa coupe un breuvage magfîque î
{Se plongeant dans la rêverie.)
Se serrer contre un sein moelleux,
Se suspendre à une douce lèvre — Chose étrange !
Ma vie s*est écoul^Se, et moi, pour ces choses,
Je n'ai jamais eu une seule pensée de reste dans Tesprit,
Pas un seul sentiment dans le cœur. —
Ha î lèvres contre lèvres — cœur contre cœur — et oublier
Et le luotide^ et le temps, et soi-même —
{Se levant brusquement),
Léonore !
Où es^tu ? viens ! oii es-tu, Léorore ? — Elle ne revient pas, et je suis seul —
Seul ^ la peur s'empare de moi — Tamertume en même temps. — Qu'est-ce, Robespierre ? Honte à toi !
Est-re que contre toi s*élève ta propre personne, Ton individualité domptée? El, en toi, l'homme opprimé, en ré-
[bellion, Se dresse-t-il comme nouveau Robespierre contre L'ancien Robespierre ? — Disparais, homme doublé ! Disparais ! — Oti était-ce le faux homme double, Cet ancien Robespierre, qui, fantastique, A traversé le monde comme un fantôme sanglant et terrible, Et qui a supplanté le Robespierre Chaud et vivaDt, en chair et en os ?
(Se remettant).
Assez, asseï ! ne t*é veille pas toi-même.
Somnambule Robespierre I c*tst ta mission
De marcher sans avoir de vertiges sur une crête très escarpée.
Les yeujc fermés —
O innocente jeune fille !
Pourquoi, dans t.n cœur d*enfant, la nature Se révoUe-t*eIle ainsi en'jfréiiiissant contre moi ? Pauvre enfant ! — oui, vraiment, vraiment, C'«it nne chose étrange que le sang hmmain -«