ACTE IV, SCÈNE IV. I
Pourtant, mon cœut n'était- iï pas par? Est-ce ma faute,
Si les pensives fiévreuses de ce cerveau
Se présentèrent devant moi comme des ombres, avidei de vivre,
Comme les ombres d'Homère dans l'Hadés,
Lesquelles, pour s'aDimer^ pour s'échauffer,
Devaient boire du sang, le saug bouillant des victimes ?
Est-ce ma faute si, semblables aux vampires,
Pour s'affranchir de la mort obstinée,
pour prolonger leur existence dans la nuit terrestre,
Elles sont condamnées à sucer impitoyablement
La sève rouge des vivants? —
Est-ce ma faute, si cette généraition est si vile,
Si aplatîC] si misérable, que la terreur seole
Peut la pousser en avant droit au but ? ^
Tout le fardeau de la République repose
Sur moi seuU Tout ce qui m'entourait
Et m*aidait à porter ce fardeau, je Taî anéanti.
Ce qui m*était hostile — je Tai exterminé^
Ce qui me ressemblait s'est fondu en moi.
II Q*y a plus que la basse médiocrité, Timpuissance,
Qui s*agiteDt encore à mon côté,
Et s*élèvent avec une folle hardiesse contre moi,
La Liberté et la République reposent
Sur ces épaules. Si je succombe,
Avec moi péril cette superbe, cette bardîe et gigantesque con-
[structlon.
La réaction pénétrera avec une violence extrême,
Et rjiistoire de ce temps de terreur restera
Un épouvantable conte sans signification,
Une entreprise sans but, sauvage et folle —
Et cela pour toujours» — Ce que tu as commencé.
Achève-le, Robespierre I ou autrement j meurs I —
Persiste, persiste, et ose, Robespierre !
Ne sois pas une faible nacelle eu proie aux flots furieux l
Sois fidèle â toi-même^ fidèle jusqu'au dernier soupir 1
Nul homme ne peut davantage. Car notre destinée fermente
Dans notre sang, et nous entraîne -^ c'est le sort du monde -^
Accomplir sa destinée, c'est cela seul qui s'appelle triompher I
{Le rideau tombe).