‹ Danton & RobespierreChapitre 96 sur 117 · ACTE V, SCÈNE I. I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I. I

leurs places ; Barère s* assied au fauteuil présidentiel).

Taliîen [riant, à lui-même). — Le maître d'école apparaît parmi les gamins — eh bien ! au petit bon* heur ! (// se rend à sa place ^ tout à fait sur l'avant^ scène, le plus près possihh des spectateurs. On amène dans une litière Couthon, qui, aidé par des serviteurs ^ s^ assied près de Saint-Just),

Robespierre {gravit la tribune au milieu de Pattention générale^ et parle en accentuant énergiquemeni^ mais avec calme). — Je ne vous indiquerai pour le moment que quelques points de ce que j*ai Tintention de vous proposer aujourd'hui. Quand le peuple français conquit sa liberté, rien ne parut plus merveilleux à l'Europe entière que Ténergie, inconnue jusque-là dans l'histoire des peuples, avec laquelle il le fit ; mais, depuis ce moment, la prompte lassitude, la tiédeur que montre la France à maintenir et à affermir la liberté, surpassent toute attente. Le manque d^unité de pensée, d'unité d'efforts^ d'unité de concentration et de forces, est cause que nous n'avons encore pu passer de Tétat de révolution à Tétat vraiment normal d^une République bien réglée. Le peuple veut enGn jouir paisiblement et dans dès conditions affermies du fruit de ses fatigues — bien que rintelligence exacte de ridée républicaine n'ait pas suffisamment encore, il s''en faut de beaucoup, pénétré les masses. Dans l'armée se propage un culte exclusif de Tesprit militaire qui deviendra un péril pour le vrai sentiment civique. Dans les magistratures dirigeantes de la France, à la Convention et au Comité de Salut public, règne, en dépit d'une conciliation apparente, un secret antagonisme d'autant plus dangereux qu'il ne représente nullement le conflit énergique de principes et de forces qui luttent les uns contre les autres, mais qu'il ressemble plutôt à la rencontre de roseaux qui

vacillent et plient au souffle du vent. La passion qu'on trouve encore ne découle plus de Taigreur des opinions divergentes — car à cet égard on est devenu presque émoussé et apathique — mais de sympathies et d'antipathies personnelles, qui sont en quelque sorte la lie des premières fermentations et des luttes survivantes. Bien qu'il soit un symptôme de faiblesse, cet antagonisme est néanmoins assez fort pour retarder le succès des meilleurs desseins. L'envie et la mesquine jalousie s'attachent lourdement aux pieds de l'action. C'est ainsi qu'on m'a traité de tyran, de dictateur. Que suis-je en réalité ? L'un des sept cents représentants du peuple, l'un des dix membres du Comité de Salut public. Six cent quatre-vingt dix-neuf hommes dans la Convention, neuf hommes au Comité de Salut public, possèdent exactement le même pouvoir que moi. Mes propositions, faites sur le terrain légal, ont été fréquemment acceptées par vous — voilà tout. Si quelqu'un est en état de prouver que Robespierre a agi une seule fois en vertu d'un pouvoir qu'il s'est personnellement octroyé, que celui-là s'avance ! La preuve que je ne gouverne pas entièrement et d'une manière illimitée, et que ce ne sont pas toujours mes idées qui prévalent, cette preuve ressort très clairement de l'état même de notre chose publique, auquel je faisais précisément allusion . Cet état empêche la consolidation delà République et sa force défensive et offensive à l'extérieur. Le royalisme continue à lever audacieusement la tête, et même au milieu de nous il y a encore des hommes qui favorisent consciemment ou à leur insu les plans de la réaction. Il me semble presque inutile de dire que je suis d'avis qu'il faut les mettre hors d'état de nuire. Il s'agit d'ailleurs de voir si les formes actuelles de la Constitution de l'Etat n'ont pas besoin d'être changées. Il me suffit

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