ACTE V, SCÈNE I
pour l'instant d'avoir signalé ces points. Je me réserve, dès que d'autres auront émis leur avis, de reprendre la parole. (// quitte la tribune).
Saint-just. — Je propose l'impression de cette déclaration de Robespierre, comme c'est Tusage pour les déclarations auxquelles la Convention attache une importance particulière.
CouTHON. — Je propose en outre qu'on l'envoie à toutes les communes de France, comme c'est l'usage pour les manifestations considérables et décisives de Ja Convention.
Barèrb. — J'invite l'Assemblée à décider, par assis et levé, si les déclarations de Robespierre doivent être imprimées et adressées à toutes les communes de France. {L Assemblée se lève, à l'exception de Tallien et de quelques membres qui siègent près de lui et quHl retient), La proposition est acceptée.
Tallien {à part). — Espèce servile et lâche ! — Si l'on proposait immédiatement la dictature, ils la voteraient I — Il est temps de faire éclater la bombe ! — Président, la parole I (// monte à la tribune). Si je ne me suis pas complètement mépris sur les allusions de Robespierre, un dissentiment règne au sein des magistratures dirigeantes de la France et du Comité de Salut public. — Barère, toi qui présides en ce jour l'Assemblée et qui es membre du susdit Comité, je te le demande au nom des représentants du peuple ; semblable dissentiment existe- t-il?
Barère. — Pas que je sache. Il y a entre les membres du Comité de Salut public complet accord sur tous les points principaux.
Tallien. — Je suis ravi de l'apprendre. (Continuant avec une ironie calme ^ mais mordante) « Complet accord sur tous les points principaux » — sur celui ^ussi, par conséquent, de réunir nécessairement les
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pouvoirs de la France dans la main d'un seul, d'un dictateur? Si je ne me trompe, on a désigné pour ce poste d*honneur un homme aux yeux duquel le titre en question doit sembler plutôt trop modeste qu'attentatoire aux droits du peuple, s'il est vrai que récemment on a trouvé sous le matelas du lit de madame Théot des proclamations dans lesquelles ce représentant du peuple est désigné comme un « prophète », Tin nouveau «Messie », et même, si j'ai bien entendu, comme un « nouveau roi d'Israël». —
Robespierre [marchant vers la tribune), — Je demande la parole, président I
Tallien [calme). — Qui a la parole, Barère?
Barère. — Robespierre.
Talliéx {toujours calme, ironiquement), — Tu crois ? Il a la parole? — Eh bien ! — alors j'ai quelque chose de mieux ! (// tire soudain le poignard que lui a remis la comtesse Cabarruset le dirige contre Robespierre — Vive sensation),
Barèrr {effraye). — Tallien, tu es fou !
Tallien [riant et calme comme auparavant). — Ne feiTraïe pas, Barère ! — Aucune crainte, amis 1 — L'homme que vous voyez ne nuira plus ni à moi ni à vous. Car, sachez-le, c'est un traître, et je vais le percer de ce poignard, si vous ne le mettez sur-le-champ en accusation I — ^ Pourquoi me regardez-vous ainsi bouche béante ? Fais-je quelque chose de si extraordinaire ? est-ce que je m'attaque à un être surhumain ? NonI Cet homme-ci cligne les yeux tout comme un autre quand il regarde la lumière ou qu'on lui met sous le nez la pointe étincelante d'un glaive. Il a reculé en chancelant, tout comme un autre, au premier moment oii j'ai dégainé, et ce n'est qu'au second qu'il a ramassé le masque de stoïcien qui lui était tombé. — *