LA MAISON DES ROSSIGNOLS
Elle s'en vient baiser mes mains victorieuses : Puis ses yeux s'abaissant sur les fleurs qu'elle aima, Font présider aux couronnes qu'elle forma Les lys immaculés et les roses rieuses !
Quand sa voix se taisait, des feuilles débordantes Le chant des rossignols, par nappes, s'abattait : Comme lutte leur aile avec les vents, luttait Leur vaste chant contre le bruit des eaux grondantes.
Et les sources tonnaient ! Mais, pleins de rossignols, Plus haut retentissaient les ormeaux et les charmes ; Lors, la belle, les yeux baissés, ploya son charme Comme un mélancolique oiseau ferme son vol.
Puis elle releva ses yeux silencieux.
Sa robe était tombée et sa face éclatante
Vêtit l'aspect de la vierge de mes attentes :
Sa lèvre renversa mon front blanc vers les cieux !
Sa chair calma mes yeux comme ces fraîches lunes Qui passent sur les fleurs, les lacs et les rochers, Quand un vorace ciel a fait les vierges brunes : Les fleurs, les rocs suants, sous leur flamme, ont séché.
On frissonne à la paix des lunes glorieuses Comme en entrant au froid des sources, pour le bain ! — Elle forma douze couronnes, de ses mains Où présidaient les lys et les roses rieuses ;
Elle posa douze couronnes sur mon front, Me pressa douze fois de sa bouche farouche, Puis elle disparut comme un soleil se couche, Comme meurt l'or grondant des vivaces clairons.
Maintenant, j'étais seul sous l'horreur verdoyante
Des feuillages s'épaississant vers l'horizon.
Et pour multiplier son image fuyante
Les nigelles d'argent miroitaient aux gazons !
Les sources prolongeaient leur bucolique orage, Comme un éclair, la voix des rossignols brillait
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Et le Rosier de jeunes roses s'habillait : D'angéliqiies lauriers me couvraient de courage,
Des lauriers nouveaux-nés, mais blancs de fleurs, pareils
Par la félicité de leurs feuillages sombres
A la Nuit magnifique et blanche de soleils,
Et l'on prophétisait en passant sous leurs ombres !
Les cavernes de fraude et d'ombre revêtues, Ont croulé dans la Mer (car la Mer mi-voilée Par les branches du parc scintillait). Leurs statues Captives ont bondi vers la voûte étoilée !
Quand veillé par les lys et les roses des bois J'y dormirai — bercé des flots — mon dernier somme. Puissent les rossignols décider de leur voix L'étoile du bonheur à jaillir sur les hommes !
Hymne aux Roses
à Stéphane Mallarmé.
Hymne aux Roses
A sombre Humanité courbe le dos et marche Sous le rouge courroux de vos lampes d'été, O Poètes ! — éclat des yeux des patriarches ! — Votre sainte huile, ô fleurs, les sait alimenter.
Lumières des frimas, flambeaux des neiges, torches D'astres dont la clarté teint les pavots vermeils, Elles m'ont révélé les pieds d'Adam qu'écorche La ronce dont sa marche a foulé le sommeil.
Un antique chemin plonge, brûlant d'orties ; Là, parfois, sur ses mains, l'homme immense est tombé! De ses sanglantes mains les roses sont parties. Fleurs qu'au jardin de l'Ange il avait dérobées.
Et c'est depuis ce temps que votre cœur ruisselle Et que vous parfumez nos toits et nos sillons, Roses luisantes, vous, fontaines d'étincelles, Où s'abreuvent des vols tremblants de papillons !
Partout vous vous dressez, pareilles à des femmes. Vous exhalez l'odeur du vin et de l'encens Votre cœur rouge bat des amoureuses âmes Mortes quand le printemps terrible et doux descend T
Vos bras sont teints du sang des vierges égorgées, On a mangé leur cœur quand se levait le jour. — — Héroïnes, sortez des terres ravagées Pour célébrer la sombre gloire de l'Amour !