‹ DaphnéChapitre 9 sur 13 · LA MAISON DES ROSSIGLOLS · texte numérisé non relu

LA MAISON DES ROSSIGLOLS

Aux sons des sources d'or — sous le feuillage humîde Cueillant )a Lyre dans les fleurs, veux-tu danser P

Pourquoi donc égorger en moi les hautes Joies ? De ton enchantement faut-il qu'on te guérisse ? De la Rose la joue auguste, ici, rougeoie : Que le sentier qui mène aux grottes s'abolisse ;

Le mal de l'aube dont ma chair a grelotté. Ce n'est pas le baiser des femmes qui l'ap^se ; Un soir, au bleu des lacs, j'ai goûté leur beauté Quand la lune brûlait aux feuilles des mélèzes.

Comme tout un ormeau s'effeuille dan» le vent, Ainsi le souvenir de la chair possédée : Vienne le jour où, comme un lourd soleil levant, Resplendisse l'Idée !

Femme, l'aube qui tombe a fait tes bras luisants : J'ai l'horreur de mon cœur et je n'aime personne. J'ai le dédain de l'acte et hais les méprisants, Mais je me prends à frissonner quand l'heure sonne]!

Femme, une palme est née et ma droite verdoie Et ruisselle du sang des fleurs qui m'ont tenté ;

Et j'ai brûlé mon cœur, afin qu'une clarté Se levât sur mes voies !

Tu m'as tendu l'amphore où tu n'avais pas bu ; Mais dédaignant tes mains, j'acceptai tes corolles : Vers les grottes, tes pas errants se sont perdus ; Puisses-tu dérober aux sources des paroles !

Naisse l'azur intérieur ! qu'un clair dieu guide Aux épis mûrs, le pâle Chœur de tes pensers : — Aux sons des sources d'or — sous le feuillage humide, Cueillant la Lyre au sein des fleurs, veux-tu danser ?»

Du chant des rossignols ma parole est couverte : *

Les bras noyés par la lumière des bassins,

Elle marche dans l'éclat blanc de ses deux seins

Resplendissants aux plis de sa robe entr'ouverte.

Son pied cadencé tombe et sa jupe s'emplit D'un flot de papillons et de fleurs voltigeantes : Elle chante ■ et d'un tel éclat sa voix s'argente, Que la voix de cristal des rossignols pâlit !

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