HYMNE AUX ROSES
Que l'orage d'été t'épargne et que la lune Qui flotte et s'assoupit mollement sur les eaux, De ses deux lèvres d'or presse ta gorge brune, Rose des mers, noire princesse des îlots !
Dors sous l'aile de l'aigle, ô rose des montagnes, Que tu sois réservée aux couches des amants": Le rire de Vénus se lève et t'accompagne, Sur les sommets d'azur luis éternellement.
Eglantine naissant au bord des marécages Que toujours tes buissons retentissent d'oiseaux ; Rêvant tes avenirs d'agréables bocages Souris à la parlante troupe des roseayx !
O roses des forêts, des rochers, des rivières, Croissez de tout le sang que mon cœur a versé, Au vent harmonieux bercez vos tiges fières Et qu'à ce même vent mes vers soient balancés !.
Paysage Fluvial
à Laurent Tailhade^
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Paysage Fluvial
|e divin fleuve coule entre les lauriers-roses Et des oiseaux muets dorment sous ses berceaux Sur l'onde molle c'est ta barque qui se pose, Ton geste d'horizon me désigne les eaux.
Le laurier-rose bat de ses fleurs ton visage, — Riant, sur tes genoux, un livre est déployé, — Tu tiens la rame et tu soumets le paysage, Et mon front, dans les flots de ta robe, est noyé !
Le fleuve se répand et son eau chante aux rives, Une hirondelle boit, parfois, au ras des flots. — Entends ! Des rossignols c'est la troupe plaintive ! La libellule, au loin, frémit sur les roseaux.
Soudain un peuplier superbe sort de l'onde
Et domine les lauriers-roses et l'esquif,
Vesper s'allume et l'eau, de ses lueurs, sinonde ;
— Le Soir, au bord du fleuve, est accoudé, pensif.
Et l'étoile du soir luit d'un éclat humide. Les feux de la cité, là-bas, ont l'air mouillés : Une Nymphe blottie en les roseaux nous guide, Et sur l'onde, à tes pieds, je vogue agenouillé.
Princesse des roseaux, te souvient-il, ta rame Soudain pencha sur l'onde une gerbe des bords, Clochettes ou fleurs d'or résonnantes dont l'âme Couchante agonisa dès que le ciel fut mort.
Ces clochettes de soir, nul ne les avait vues, Je ne les reverrai, pas plus que les défunts :