‹ Darius; tragédie en 5 actes et en versChapitre 11 sur 69 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Mais ce Lras redouté, terrible à mon rival,

A tout autre qu'au prince aurait été fatal.

Darius jeune encor, tout-puissant sur le trône ,

A l'objet de mes vœux ofTrit une couronne.

Que ne peut son éclat sur un cœur féminin ?

Aussitôt Statira vit changer son destin ,

Et son ame élevée au comble de la gloire ,

Par le feu de ses yeux proclamait sa victoire.

A la cour du monarque attaché dès longtems ,

Mon orgueil essuya des mépris insultans j

Mais mon cœur outragé dissimulant sa peine ,

Se donna tout au roi pour approcher la reiue-

De l'intrigue surtout employant les ressorts ,

J'ai vu les dignités couronner mes efforts.

Peut-être je nourris un espoir téméraire ;

Mais la reine à mes soins se montre moins contraire ;

Du moins, quand je parais, ses regards complaisans

M'ont souvent distingué parmi les courtisans.

Quels momeus, Barzanès, si l'objet de mes vœux

Consentait à m'entendre et couronnait mes feux !

Je ne puis modérer les transpoi-ts de mon ame ;

L'attente du bonheur a redoublé ma flamme ,

Et, puisque la fortune est d'accord avec moi ,

Au péril de mes jours je veux perdre le roi.

BARZANÈS.

Quoi , Bessus ! c'est donc là ce mystère terrible ? Aux traits de la beauté tu n'es pas insensible ? Tu cachais ton amoiu" et ses feux mal éteints ; Une femme est l'auteur de tes nobles destins !

D'un si vaste pouvoir quelle éh-ange origine 1

Une faiblesse a donc cette force divine !

J'avais cru que ton cœur altier , aniLitieus ,

î^e devait s'occuper que de soins glorieux ,

Qu'atteignant par degi-és la puissance suprême ,

Tu voulais le pouvoir, mais toujours poui- lui-même ;

Et servant tes desseins , admirant tes projets ,

Je partageais déjà le fruit de tes succès.

rs'importe ; tu connais mon amitié fidèle ;

J'applaudis une erreur dont la suite est si belle :

A la cour, aux combats, docile à tes désirs,

Je servirai ta gloire ou du moins tes plaisirs.

BESSUS.

Connais donc m.es desseins. Ce prince téméraire , Ce guerrier abreuvé dans le sang de la terre , Alexandre, aux bumains juste objet de terreur. L'ennemi de nos rois doit servir ma grandeur. Le Persan, tu le sais, enivré de délices. N'oppose à nos vainqueurs que de faibles milices ; Couvert d'or et de pourpre ou l'arrache aux plaisirs , Et son jour de triomphe est un jour de soupirs. Mais le Grec endurci dans les champs de la gloire , Croit son sang trop payé s'il obtient la victoire. La, tout homme est guerrier, le monarque est soldat. Et c'est l'ame surtout qui triomphe au combat. Darius périra , rien ne peut k iléfendie , Et je veux par mes soins m'attacber Alexandre : J'abandonne le roi que je dois protéger. Laissant aux ennemis le soin de me venger.

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