ACTE II, SCÈNE I
Mais ce Lras redouté, terrible à mon rival,
A tout autre qu'au prince aurait été fatal.
Darius jeune encor, tout-puissant sur le trône ,
A l'objet de mes vœux ofTrit une couronne.
Que ne peut son éclat sur un cœur féminin ?
Aussitôt Statira vit changer son destin ,
Et son ame élevée au comble de la gloire ,
Par le feu de ses yeux proclamait sa victoire.
A la cour du monarque attaché dès longtems ,
Mon orgueil essuya des mépris insultans j
Mais mon cœur outragé dissimulant sa peine ,
Se donna tout au roi pour approcher la reiue-
De l'intrigue surtout employant les ressorts ,
J'ai vu les dignités couronner mes efforts.
Peut-être je nourris un espoir téméraire ;
Mais la reine à mes soins se montre moins contraire ;
Du moins, quand je parais, ses regards complaisans
M'ont souvent distingué parmi les courtisans.
Quels momeus, Barzanès, si l'objet de mes vœux
Consentait à m'entendre et couronnait mes feux !
Je ne puis modérer les transpoi-ts de mon ame ;
L'attente du bonheur a redoublé ma flamme ,
Et, puisque la fortune est d'accord avec moi ,
Au péril de mes jours je veux perdre le roi.
BARZANÈS.
Quoi , Bessus ! c'est donc là ce mystère terrible ? Aux traits de la beauté tu n'es pas insensible ? Tu cachais ton amoiu" et ses feux mal éteints ; Une femme est l'auteur de tes nobles destins !
D'un si vaste pouvoir quelle éh-ange origine 1
Une faiblesse a donc cette force divine !
J'avais cru que ton cœur altier , aniLitieus ,
î^e devait s'occuper que de soins glorieux ,
Qu'atteignant par degi-és la puissance suprême ,
Tu voulais le pouvoir, mais toujours poui- lui-même ;
Et servant tes desseins , admirant tes projets ,
Je partageais déjà le fruit de tes succès.
rs'importe ; tu connais mon amitié fidèle ;
J'applaudis une erreur dont la suite est si belle :
A la cour, aux combats, docile à tes désirs,
Je servirai ta gloire ou du moins tes plaisirs.
BESSUS.
Connais donc m.es desseins. Ce prince téméraire , Ce guerrier abreuvé dans le sang de la terre , Alexandre, aux bumains juste objet de terreur. L'ennemi de nos rois doit servir ma grandeur. Le Persan, tu le sais, enivré de délices. N'oppose à nos vainqueurs que de faibles milices ; Couvert d'or et de pourpre ou l'arrache aux plaisirs , Et son jour de triomphe est un jour de soupirs. Mais le Grec endurci dans les champs de la gloire , Croit son sang trop payé s'il obtient la victoire. La, tout homme est guerrier, le monarque est soldat. Et c'est l'ame surtout qui triomphe au combat. Darius périra , rien ne peut k iléfendie , Et je veux par mes soins m'attacber Alexandre : J'abandonne le roi que je dois protéger. Laissant aux ennemis le soin de me venger.