‹ Darius; tragédie en 5 actes et en versChapitre 4 sur 69 · DARIUS, LE GRAND-PRÉTRE, PHARZÈS · texte numérisé non relu

DARIUS, LE GRAND-PRÉTRE, PHARZÈS

Pontife ! c'est ton roi dont tu vois les alarmes.

La Grèce que souvent dévastèrent nos armes,

La Grèce qui toujours arrêtant nos succès ,

Par ses mâles vertus fut fatale à Xei'cès ;

Cette faible contrée , indigne de nos princes ,

A la voix d'iui grand homme envahit nos provinces.

L'invincible Alexandre , après mille combats ,

Jusqu'au pied de ces murs a conduit ses soldats ;

Les péi'ils les plus grands enflamment son courage ,

Et son cœur ne jouit qu'au milieu du carnage.

C'en est fait, ce grand jour doit régler notre sort;

J'en prévois la rigueur et n'attends que la mort.

Si c'était à moi seul qu'il dût être funeste ,

Je saurais affronter la colère céleste ;

Mais un peuple chéri, la reine, mes enfans,

Exposés aux fiu'eui's des soldats triomphans ;

Le carnage, l'horreur, le pillage, les flammes.

Les clameiu-s des mourans , les vieillards et les femmes;

Dans leur sang confondus ou courbés sous leurs fers ;

Dans ces murs embrasés l'image des enfers,

Le désordre, la mort, la vengeance, les crimes,

Entraîner après moi mille tristes victimes;

Voir périr mes sujets , les entendre gémir ,

Ce sont là des malheurs dont un roi doil frémir.

lo DARIUS.

Et , dussé-je à ce prix obtenir la victoire ,

Ma douleur sied au prince, et mon cœur en fait gloire.

LE GRAÎSD-PRÉTRE.

Ah ! seigneur ! que ces mots sont dignes d'un gi'and roi ! Mais qui peut aujourd'hui vous causer cet effroi ? Vos malheurs sont affreux, le péi'il est extrême ; Mais un roi tel que vous se suffit à lui-même. Darius détrône, sans pouvoir, sans états, Regretté de sou peuple , adoi'é des soldats , Ce héros toujours grand sous le joug qui l'accable, Serait même au vainqueur un objet redoutable. Mais que dis-je? est-ce à vous à prévoir un tel sort? Vos sujets pour leur roi voleront à la mort. De vos vastes états la moitié conservée Par le sang des Persans ne fut point abreuvée. La fortune applaudit aux efforts d'un grand cœur. Et se livre à l'adresse eu quittant le vainqueur ; Son courroux vient souvent d'une faute légère , El tout près de périr elle veut qu'on espère. Oui, seigneur! si j'osais vous donner un avis, D'une armée innomljrable assemblant les débris ; Ce n'est point dans ces murs qu'il faudrait vous défendre. Je voudrais le premier attaquer Alexandre : Ses soldats fatigués demandent du repos , Et l'extrême besoin ne voit point de héros.

Je voulais t'écouter, et j'ai su me contraindre ; Un sujet, tel qu'il soit , peut parler sans me craindre.

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