SCÈNE Y
STATIRA, BESSUS.
Un pénible devoir Me ramène en ces lieux et m'oblige à vous voir. Pour la première fois je crains votre présence, Toujours chère... à mon cœur.
STATIRA
Je crois cette assurance j Mais qui peut te troubler ?
BESSUS.
Je ne puis sans liorreur...
STATIRA
Parle.
BESSUS.
Vous avez su que Darius vainqueur Battait un ennemi trop long-tems redoutable. Tout semblait nous promettre un succès mémorable ; Mais bientôt l'on distingue un aigle audacieux , Qui semble dans les airs le messager des Dieux; Rien ne peut l'cfFrayer, ni le bi-uit ni les armes, Et ce champ de carnage a pour lui mille charmes : Est-ce un vil artifice , un prodige étonnant ? Je n'ose prononcer sur ce fait surprenant ; L'oiseau de Jupiter plane sur Alexandre. A l'instant apparaît le devin Aristandre , fin longue robe blanche, un laurier à la main ; Il dicte à haute voix les arrêts du destin : Où courez-vous , dit-il , ô troupe sacrilège ! Contemplez Jupiter , son aigle vous protège , 1 1 seconde les Grecs , il assure vos pas ; Suivez tous Alexandre, et volez aux combats.
A ces mots l'ennemi retrouve l'espérance. Il fuyait devant nous, le combat recommence. Dirai-je les hauts-faits, les exploits, les fureurs Qui triomphent alors dans ce champ de douleurs ? Les blessés, les mourans, la mort pâle et livide; De larmes et de sang une plaine liquide ;