ACTE m, SCENE V
Les coursiers renverses, mille memLres épars, Telles sont les horreurs qui blessent nos regards. Le farouche Alexandre, intrépide, implacable, Plus cjue l'armée entière est pour nous redoutable ; Il recherche lui seul les périls les plus grands , Il tonne , frappe j court , renverse to is les rangs; Le fer, les traits , les dards , le nombre , le courage , Tout périt à ses pieds , tout lui livre passage 5 Il s'élance, il triomphe, et couvert de lauriers Il fait fuir devant lui trois cent mille guerriers !
STATIRA
Juste ciel !
BESSUS.
Darius du comble de la gloire Soupire en se voyant arracher la victoire ; Mais l'espérance encore éclate dans ses yeux, Quelque soit son malheur il en rend grâce aux dieux j Et brûlant dès long-tems de combattre Alexandre, Les Persans ont fléchi , leur roi va les défendre. Le fer brille , et chacun suspendant ses exploits , Pour connaître son sort contemple les deux rois. Ils s'avancent soudain, aucun ne les seconde. Et leur fer en frappant va partager le monde , Mais un trait enuemi... je ne puis achever...
STATIRA
Quoi? mon époux. . . grands Dieux!
BESSUS.
Je viens pour vous sauver ,
Madame, éparguez-moi ce récit effroyatle.
Eh ! que ue vous dit point la douleur qui m'accable
Suivez-moi, redoutez un barbare vaiuqueur,
Qui veut dans votre sang assouvir sa fureur.
STATIRA
Je méprise la vie et je songe à ma gloire ; Si Darius n'est plus, rendons à sa mémoire Les honneurs dus aux rois. C'est là mon seul espoir, Après cela, Bessus ! je connais mon devoir.
BESSUS.
Madame ! Il faut partir poui- voti'e gloire même , Plus que vous ne pensez le péi'il est extrême. L'ennemi nous poursuit , et sa témérité Pour prix de la victoire outrage la beauté. Je n'ose ni'expliquer... mais vous ^îouvez m'entendre ? Eh ! qui doit plus que vous redouter Alexandi-e ? Serait-il insensible à l'éclat de vos charmes ? Quel mortel a vos pieds ne mettrait bas les armes ? Ah ! moi-même aujourd'hui...
STATIRA , montrant un poignard qu 'elle tire de son sein.
Tu vois ce fer, Bessus, Je ne crains rien.
BESSUS.
Songez...
STATIRA
Je ne l'écoute plus.
BESSUS.
(baf.) Je ne puis résister au tourment qui m'oppresse. (haut.) Madame, vous feigxiez d'oublier ma tendresse.