ACTE V, SCENE III
Alexandre! en ce jour tu l'as donc emporté ! Tu pourras assouvir la noLlc cruauté , Le saug de ma famille....
PIIARZÈS.
Ah ! gardez-vous de croire Que par de tels forfaits il ternisse sa gloire. Alexandre, seigneur, fidèle à la vertu, Compatit au malheur et respecte un vaincu. Oui , j'ai vu les honneurs qu'il fait rendre à la reine, Et tels qu'en son palais elle en reçoit à peine. Sa douleur, il est vrai, se refuse aux plaisirs; Mais chacun obéit à ses moindres désirs.
Oses-tu me tenir un semLlaLlc langage?
Ces honneurs sont , pour moi , le comble de l'outrage. Je vois trop qu'Alexandre abusant...,
PHARZÈS.
Non, seigneur! Je le jure; apprenez jusqu'où va sa grandeur : La reine paraissait , et livrée à ses larmes , Pour un jeune héros. Dieux ! qu'elle avait de charmes ! Ses grâces, sa beauté , ses vertus, son malheur, Tout devait à ses pas attacher son vainqueur. Il approche, il la voit, il sent déjà qu'il aime ; Mais soudain ce héros triomphe de lui-même ; Il s'échappe, il la fuit, et, détournant les yeux, H veut jie plus revoir ces charmes dangereux.
O modèle des rois 1 ô vertu sans exemples! Je le vois aujourd'hui, tu mérites des temples. Ce trioniplie t'élève au-dessus des mortels ; Je voudrais de mes maius te parer les autels. Oui , grands Dieux ! écoulez mou instante prière : J'ignore si je louche à mon heure dernière. Si le fer parricide ou le sort des comJjats Kc vont point me plonger dans la uuil du trépas. Je voudrais rpie mon iih héritât de mon trône , C'est pour lui que surtout j'estimais la couronne; Mais s'il faut renoncer à mes vœux les plus doux , Si j'ai pu mériter votre juste courroux, Secondez aujourd'hui le héros que j'admire. Que le seul Alexandre obtienne cet empii-e,
Que ne puis-je, seigneur, en versant tout mon sang. Conserver à mon roi ses états et son rang ! INIais l'honneur, messermens, enchaînent mon courage. Un repos que j'aLliorre est mon triste partage. Dans le camp ennemi je vais porter mes pas; Mais je sais que déjà l'on s'apprête aux combats. Dans peu d'iustans , seigneur , l'intrépide Alexandre Va menacer ces murs que vous voulez défendre Puissent les justes Dieux protéger vos desseins ! Ils doivent leurs secours au plus grand des humains, Au plus juste des rois.
C'est en eux que j'espère ;