‹ Darwinisme et Socialisme des Sciences PolitiquesChapitre 30 sur 60 · STD · texte numérisé non relu

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ser dans un paragraphe distinct si l'individualisme v'argumentait pas surtout ici d’une grande loi, conséquence nécessaire, d’après M. Hæœckel, de la lutte pour l'existence : la loi du progrès.

C'est par la lutte pour l'existence, objecte-t-on, que la nature est arrivée au perfectionnement des espèces, c'est de l'élimination des êtres les plus mal doués qui ont succombé devant les plus forts, les plus intelligents, qu'est né le progrès ; et l’origine de ce progrès (la sélection naturelle) n'est-elle pas essentiellement aristocratique ?

La lutte pour l'existence assurant, suivant M. Hœckel lui-même, «la survie des meulleurs ou des mieux adaptés », il en résulte non pas un nivellement démocratique comme le veulent les socialistes, mais un « processus aristocratique » individualiste, qui tout en étant la cause du progrès déjà accompli serait également la source du progrès futur. Aussi faudrait-il se garder dans ces conditions, d’entraver dans ses effets cette grande loi naturelle de la lutte pour la vie.

L'argument invoqué ici n’est autre que celui déjà invoqué par M. Spencer en faveur de sa doctrine sélectionniste et la conclusion qu'il en tire est également celle que reprennent après lui les individualistes.

C'est donc à cette considération de nécessité et de progrès que cèdent Malthus, puis Spencer, Hæckel,

puis tous les individualistes intransigeants qui refusent

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toute intervention de l'État, toute assistance en faveur des faibles et des deshérités!.

Cette théorie du progrès sert encore à l'individualisme à justifier les conditions sociales et économiques inégales dans lesquelles s'engage ‘entre les individus des sociétés civilisées la lutte pour l'existence. Voici à ce dernier propos un remarquable passage de M. de Garofalo? :

« Il est vrai que dans les sociétés civilisées la lutte pour l'existence ne s'engage pas pour tous dans d’égales conditions.

« On ne peut donc pas dire, même d’une facon absolue, que lès hommes du plus fort caractère ou de plus forte intelligence remportent toujours la victoire. En réalité, il y a beaucoup d'hommes qui se trouvent dans des positions favorables à la lutte : ils ont conséquemment besoin d'efforts beaucoup moins

énergiques que ceux nécessaires à d’autres.

« Tel est, on ne saurait le nier, l'effet de l'inégalité

économique. En fait, une partie de l'humanité se trouve

1. Un homme qui naît dans un monde déjà occupé, si sa famille n’a pas le moyen de le nourrir ou si la société n’a pas besoin de son travail, cet homme, dis-je, n’a pas le moindre droit à réclamer une portion quelconque de nourriture : il est réellement de trop sur la terre. La nature lui commande de s’en aller et elle ne tarde pas à mettre elle-même cet ordre à exécution. — La justice et l'honneur nous imposent le devoir de désavouer formellement le prétendu droit des pauvres à être assistés. » MALTHUS, Essai sur la population (cité par DRAMARD, Transformisme el socialisme, p.7 .

2. DE GAROFALO, op. cit., p. 231 et suiv., Ch. 1v, La civilisation du socialisme.

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