‹ Darwinisme et Socialisme des Sciences PolitiquesChapitre 31 sur 60 · SN IST · texte numérisé non relu

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dès la naissance dans des conditions qui rendent la lutte facile et donnent presque la certitude de la victoire. On peut donc dire que la lutte a déjà été engagée et gagnée pour eux et qu'il ne leur reste pour jouir du résultat qu'à demeurer pour ainsi dire immobiles là où ils se trouvent.

« Est-ce un bien ou un mal?... Pour les socialistes naturellement cette inégalité qui ne permet pas toujours aux plus méritants d'être suffisamment estimés et récompensés est la grande injustice sociale qu'il est nécessaire de supprimer.

« Pour nous, cette inégalité, qui est un effet naturel du développement social et qui ne peut se supprimer, a pourtant son bon côté puisqu'elle est un moyen de progrès moral et intellectuel. »

En terminant l'exposé de ces arguments individualistes, nous croyons intéressant et utile de reproduire ici certains fragments d’une lettre que M. Spencer luimême a adressée à un auteuritalien. Cette lettre, qui précise l’ensemble des vues du célèbre individualiste sur la question et constitue une réponse à la tentative socialiste de M. Ferri, socialiste et même positive (Darwin, Spencer, Marx) que nous exposerons tout à l'heure. En voici les passages suivants :

« Moi qui, dans mon pays et à l'étranger ai toujours été considéré comme un porte-étendard de l’individualisme, je ne puis que m'étonner de l'audace de qui-

conque tâche de se servir de mon nom pour soutenir

er

le socialisme et je ne suis pas #oëns surpris que le nom de Darwin puisse étre employé pour le même. but…

« La doctrine de la sélection, telle que je l'ai exposée pour les applications sociales en 1850 et ensuite en 1852 et telle que M. Darwin l'a largement exposée dans son Origine des espèces, est diamétralement opposée à la doctrine des socialistes et quiconque prétend se servir de mes idées au profit du socialisme, ou bien ignore complètement ce que sont mes idées, ou bien, s’il en à pris connaissance, est coupable dela plus grande des altérations, J'ai souvent déclaré autrefois ma persuasion que l’avènement du socialisme serait le plus grand désastre que le monde aurait jamais éprouvé et que la fin en serait le despotisme militaire’. »

En résumé, l’individualisme s'appuyant, d’un côté, sur le caractère inégalitaire, aristocratique de la loi de Darwin; de l’autre, sur les aspirations égalitaires démocratiques du socialisme, se refuse à admettre qu'un accord soit possible entre l'hypothèse darwinienne et la doctrine socialiste.

L'intérêt pratique d’un tel argument est facile à apercevoir :

Si la théorie de Darwin et les lois naturelles qu’elle comporte régissent à la fois le monde animal et l'huma-

nité, toute doctrine en contradiction avec ces lois ou

4. Londres, 12 juin 1895. — Lettre de M. SPENCER à M. Fiorentini, auteur de Socialisme et Anarchie, cité d’après de Garofalo, appendice A, liv. Ier, op. cit.

sera frappée d'impuissance, ou cèdera sous leur poussée, et par là mème perdra en partie les caractères qui lui sont particuliers. | Nous verrons, ce qui est particulièrement intéressant, que lorsque les auteurs socialistes cherchent une concilation de leur doctrine avec celle de Darwin, ils subissent cette influence malgré eux et se trouvent ainsi amenés à faire une part de plus en plus grande à la thèse individualiste. En un mot, on peut dire que lorsque les socialistes tentent une telle conciliation, en quelque sorte nécessairement, ils deviennent, dans une

certaine mesure, sélectionnistes.

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Socialisme et Darwinisme. — Réponses du socialisme aux arguments individualistes.

Tout en tenant compte des nombreuses variations du socialisme contemporain', des formes diverses sous lesquelles il se présente, nous croyons cependant qu'une des principales préoccupations du socialisme actuel consiste à essayer de trouver dans la science une confirmation de sa doctrine, confirmation qui lui permettrait, par un caractère nettement scienhfique auquel il aspire depuis longtemps, de s'imposer à

tous. « L'Union du prolétariat et de la science, disait

4. Cf. sur ce point : LAVELEYE, 0p. cit.: Gaston RICHARD, Le Socialisme et la science sociale. Paris, 1897, Alcan. Ch. 11, Les variations du socialisme. — Saverio MERLINO, Formes et essence du socialisme, préface de G. SOREL. Paris, 1898, Giard et Brière. Ch. Is, L’essence du socialisme, p. 4 et suiv.

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