‹ Darwinisme et Socialisme des Sciences PolitiquesChapitre 34 sur 60 · AE DES · texte numérisé non relu

AE DES

(Bvayyskuwv,) apportée aux pauvres, l'annonce de l'approche du royaume de Dieu, c’est-à-dire du règne de la justice. »

Enfin, « non seulement Jésus, mais tous les grands réformateurs, Bouddha, Mahomet, Luther, les grands philosophes comme Socrate et surtout Platon, les grands législateurs depuis Solon et Lycurgue jusqu'aux légistes de la Révolution Française, toute l'élite de l'humanité frappée des maux qui affligent notre espèce ont conçu et révélé un idéal d'ordre social plus conforme à la justice. Ils posaient l'utopie en face de “la réalité ». Ne pourrait-on justement en dire autant du Socialisme ? | Et M. de Laveleye conclut: « Les lois darwiniennes généralement admises dans le domaine de l’histoire naturelle et pour l’évolution du règne animal, ne seront jamais appliquées dans les sociétés humaines tant que les sentiments de justice et de charité que le Christianisme a gravés dans nos cœurs n’en seront pas éomplètement extirpés. »

Il y à dans cette thèse d'importantes vérités : Toute doctrine sociale qui veut vivre et triompher doit d’abord et nécessairement compter avec l’idée de justice, mais c’est un idéal que l'humanité cherche à atteindre, noble aspiration qu’elle veut réaliser : et il faut bien reconnaitre qu’elle n’y est pas encore entièrement parvenue. Il semble du reste si difficile de s'entendre

pour savoir ce qu'est la justice et cependant son règne

est le désir de tous: individualistes, catholiques ou socialistes. Mais il importe de distinguer soigneusement ce qui est et ce qui doit être, et si tous nous voulons la justice, ilest cependant certains facteurs qui entravent malgré nous nos aspirations. S'il est des lois sociales que nous « faisons » n’y a-t-il pas aussi des lois qu'en une certaine mesure nous subissons (lois analogues en cela aux lois biologiques)? La lutte pour l'existence avec ses deux grandes conséquences : guerre et concurrence, n'est-elle pas de ces dernières? Autre question est de savoir si, de son essence mème, elle ne va pas en s’atténuant, s’il est possible de Ia modifier dans ses eflets; mais de ce que notre conscience la condamne faut-il en conclure qu'on doit lui refuser application dans l'humanité ? Il semble qu’en tout ordre de choses il soit nécessaire de faire deux parts d’influences: l’une résultant des faits et l’autre de l’idée.

Les faits, ce sont les luttes de toutes sortes que nous avons examinées, luttes qui ont, en grande partie, constitué l’histoire et dont le spectacle nous entoure encore, luttes qui, règle générale, se sont, il est vrai, heureusement atténuées dans leurs formes, mais qui n'en subsistent pas moins.

Quant à l'idée, son action bienfaisante s’est toujours et partout fait sentir, et cela justement pour tempérer ce que les faits peuvent avoir de brutal, de blessant pour l'humanité; et, l’idée ici qui les domine, c’est

l'idée de justice : idée dont nous vivons tous, qui nous

rage

permet de corriger dans une certaine mesure suivant nos aspirations ce que ces lois fatales de la nature, qui s'imposent à l'humanité malgré elle, peuvent avoir de mauvais. Si donc on admet que la lutte pour l'existence puisse jouer un rôle important dans l'humanité, il faut également reconnaitre à l'homme une intervention possible, qui lui permette (tout au moins en partie) de

modifier cette lutte suivant son idéai.

$ 2. — Auteurs socialistes qui partagent les vues de M. de Laveleye.

Quoi qu'il en soit et bien que M. de Laveleye ne soit pas un -auteur très favorable au socialisme, cette thèse est partagée par de nombreux socialistes.

C’est qu’en effet l’auteur du socialisme contemporain rejette toute extension de loi biologique au domaine sociologique en, s'appuyant sur une idée chère à la doctrine socialiste : l’idée de justice.

Pour le socialisme, dit M. Merlino, « Justice et vé-

rité » tels sont les premiers principes inviolables".

1. Saverio MERLINO, op. cil., p.ll. « La force motrice du mouvement socialiste contemporain n'est pas l'application d’une formule scientifique à la vie, mais un sentiment et une conscience de plus en plus claire de la dignité humaine : c’est une faim et une soif de justice sociale. » Mais de justice comprise dans le sens de « justice-égalité. » Cité d’après M. CHAPTELLI, Îl socialismo et il penserio moderno, p.113.

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Et, la justice, c'est l'âme même de la théorie socialiste.

« La force n’est pas l'unique reine du monde et la justice est pour le moins une compétitrice hardie et une indomptable rivale, car la force a beau sévir, se déchainer et faire rage, jamais la justice n’abdique.…. Heurtée, piétinée, renversée, foulée, elle proteste encore, toujours inextinguiblement à travers ses sanglots et ses spasmes', »

« Non, la violence n’est pas la loi de l’homme comme de l'animal. Non, la justice n’est pas le masque hypocrite de la violence. La justice est la loi proprement sociale. La justice est l'instinct indomptable de notre espèce. La justice est le battement même du cœur de l'humanité?.

Indépendamment des'passages empruntés à M. Izoulet, qui se rapprochent de la thèse de M. de Laveleye, cette première opinion a été soutenue par M. Armand Boucher, dans une brochure, Socialisme et Darwinisme.

M. Boucher’, s'appuyant sur M. de Laveleye, réfute toute théorie qui tendrait à faire d’une loi naturelle biologique une loi sociale qui s’imposät à l'humanité

avec la même fatalité. Darwiniens socialistes et Darwi-

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