Cf. IZOULET, La cité moderne, p
2. Ip.,1bid., p.322. Egalement un article de la Revue philosophique, février 1892, t. XXXIII, p. 184. Georges BELOT, La justice et le socialisme.
3. BOUCHER (Armand), Darwinisme et socialisme. Paris, Alcan, 1890, in-16, br. de 72 pages.
miens anti-socialistes ont done également tort. Telle semble être la principale conclusion de M. Boucher.”
M. Saverio Merlino', dans un livre récent expose la même thèse avec précision
« Dans le socialisme il faut distinguer entre l’aspiration à l'égalité des conditions et au bien-être pour tous qui en est la partie fondamentale et, disons-le de suite, indestructible — et les doctrines politiques. économiques, philosophiques, qu'on a présentées pour le soutenir? » ; or ces dernières, à l'inverse de la « tendance souveraine qui aboutit à l'égalité et à la justice » ne sont que des « tendances secondaires », essentiellement variables, auquel le sort du socialisme ne saurait nullement être lié.
«... Il ne faut pas croire que le sort du socialisme soit lié à celui des différentes doctrines qui ont la prétention de l’exprimer. Ces doctrines ont leur jour de baisse, mais le socialisme marche, se fraye de nouveaux chemins, contracte de nouvelles alliances, trouve de nouveaux auxiliaires, » et M. Saverio Merlino conclue :
« Ceux qui combattent et ceux qui défendent le socialisme au nom du Darwinisme, de la théorie de l’évolution du matérialisme, ete..., se trompent égale-
ment. Ces théories peuvent ètre vraies sans j que le
1. Formes et essence du socialisme, par Saverio MERLINO, préface de G. SOREL. — Giard et Brière, Paris, 1898, p. xVIxr. 2. Saverio MERLINO, 0p. cit., p.56, ch.r1. L’essence du socialisme.
socialisme füt pour cela justifié. Au contraire, que ces théories se modifient ou soient rejetées, l'aspiration
du socialisme reste seule et se propage. »
Quelle que soit la logique et la valeur d'une telle thèse, elle devait, pour différents motifs, paraitre insuffisante à certains socialistes :
1° D'abord (et nous l'avons déjà fait remarquer) le socialisme contemporain, ayant en général la prétention de vouloir être une doctrine scientifique, il était naturel d’opposer à un argument invoqué par l’individualisme, au nom de la science, un argument également scientifique. Aussi les socialistes qui ont cherché ensuite une conciliation entre les deux doctrines ont-
ils cédé à cette première pensée : à une thèse individualiste qui apportait à son appui le nom et la théorie de Darwin, n’était-il pas préférable de répondre en faisant appel au même nom et à cette mème théorie ?
2 D'autre part, il semble bien que le progrès du socialisme soit, dans une certaine mesure, lié au progrès des « tendances secondaires » dont parle M. Merlino. L'émancipation économique du prolétariat ne va guère sans une transformation morale, intellectuelle dans un sens donné, transformation qui s'accomplira d'autant plus vite que le socialisme trouvera dans certaines doctrines scientifiques, philosophiques, sociologiques, non des adversaires irréductibles, mais bien des
auxiliaires nouveaux.
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La solution précédente ne tient done pas suffisamment compte des appuis que le socialisme. peut ainsi rencontrer. On ne peut nier, du reste, l'influence, variable cependant mais certaine, de ces doctrines sur la réalisation plus ou moins complète ou sur la nonréalisation du socialisme ; or, plus que toute autre, les hypothèses transformistes ont dans la science moderne une place prépondérante. Aussi est-il intéressant de déterminer quelle peut être leur influence, leur action sur le socialisme, de préciser quels sont les rapports des déux doctrines, de savoir jusqu'à quel point elles sont compatibles.
Il ne suffit pas, d’ailleurs, de croire à la fausseté d'une hypothèse, il est préférable, au contraire, d’être armé pour le cas où elle viendrait à se vérifier dans l'avenir ; c’est également ce que ces socialistes ont compris, En ce qui concerne l'hypothèse biologique appliquée aux faits sociaux par exemple, au lieu de la repousser purement et simplement comme les auteurs cités plus haut, ces mêmes socialistes ont fait remarquer qu'il était préférable de l’étudier, d’en déterminer les rapports avec le socialisme, et cela en prévision même de la réalisation de cette hypothèse. C’est par une telle étude que la plupart en sont arrivés à conclure que cette hypothèse, par son principe même, était plutôt favorable que défavorable à leurs doctrines”.
1. M. DRamMaRD (Transformisme el socialisme). Concordance des principales revendications du socialisme contemporain avec les
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Pourquoi, dans ces conditions, ne pas tenter la même étude pour la théorie darwinienne ?
3 Enfin, et c'est ce dernier motif qui semble déterminant, les différents auteurs que nous allons examiner admettent l'existence de lois naturelles, sociales qui, tout en ayant un caractère propre, ne seraient cependant que le dérivé de lois plus générales qui trouveraient d'abord leur application dans le domaine physique et biologique. Pour ces auteurs, comme pour M. Bourgeois, à qui nous empruntons ce passage :
« Les lois sociales naturelles ne sont que la manifestation à un degré plus élevé des lois physiques, biologiques et psychiques, suivant lesquelles se développent les êtres vivants et pensants. TE
« Tout ce qui sera tenté en dehors des lois naturelles ou contre elles est donc vain et condamné d'avance au néant!. »
Or, parmi ces lois, les premières et les principales sont celles qui résultent du transformisme : particulièrement la loi de Darwin, qui par son caractère de
généralité doit s'étendre à l’homme.
En eïfet, si l'on reconnait à l'hypothèse darwinienne
corollaires de la théorie de l’évolution. — Paris, 1882, IX, p. 63, exagère l'importance de cette tendance secondaire pour la faire passer principale dans cette définition qu'il donne du socialisme :
« Si Jon fait abstraction de ses antécédents souvent théoriques et spéculatifs, on peutsaffirmer que le socialisme est une science d'application dérivée de la biologie et correspondant à une science abstraite : la sociologie. »