‹ Darwinisme et Socialisme des Sciences PolitiquesChapitre 40 sur 60 · FE&RRI op. cit, p · texte numérisé non relu

FE&RRI op. cit, p

9. B. MaLoN (Socialisme intégral) Paris, 1892 (2 vol.) déclare que l'égalité réclamée par le socialisme, se base :

1° à une égalité qui doit assurer à tous les hommes comme tels des conditions d’existence ;

90 à l'égalité du point de départ pour laisser chacun développer

sa personnalité à égalité de conditions sociales.

plus apte, mais bien au plus riche ; que, par exemple, tel fils d’ouvrier, intelligent, sain, sera battu dans le combat pour l'existence par le fils dégénéré, inintelligent d'un millionnaire. Darwin lui-même, dans les derniers temps de sa vie, se serait exprimé avec une profonde inquiétude sur l'avenir de l'humanité : « Par cette raison que dans notre civilisation moderne la sélection naturelle ne peut s'exercer et que ce n'est pas le plus capable qui survit. Ceux qui réussissent dans leur effort pour conquérir la richesse ne sont pas les meilleurs, ni les plus intelligents, et c'est un fait généralement connu que notre population, à chaque génération’, se renouvelle infiniment plus dans les basses Ë Et Q 2

classes que dans les classes moyennes et inférieures *. »

2° Résultent-elles des facteurs personnels à l'individu ? Le talent, l’activité, la paresse, le travail, l'intelligence, etc..., ces inégalités naturelles, entrainent, comme le remarque l'individualisme, des inégalités sociales qui se

1. Toutefois il faut tenir compte que Darwin, dans un passage de l’Origine des espèces, s'exprime ainsi :

« Dans tous les pays civilisés, l’homme accumule sa propriété et la transmet à ses enfants ; il en résulte que tous les enfants d'un même pays ne partent pas tous également d’un même point dans la course vers le succès, mais ce n’est pas là un mal sans mélange, car sans l’accumulation des capitaux les arts ne progressent pas ; or, c’est principalement par leur action que les races civilisées se sont étendues et, élargissant partout leur domaine, remplacent les races inférieures. » Origine des espèces, p. 182.

2. Cité d'après le Volkstribüne de Berlin, d'après le Fortuigthy Review (dernières conversations de Darwin recueillies par Alfred

Russell Walace), d’après BOURDEAU, Socialisme allemand et Nihilisme russe, p. 108, note 2.

traduisent nécessairement par une part inégale dans la répartition des biens,

lei, les écoles socialistes ne sont plus d'accord :

Tous les socialistes utopistes du commencement du siècle et les communistes veulent l'égalité absolue. Ils font remarquer, en leur faveur, que la plupart du temps ces supériorités personnelles sont souvent le fait du hasard ; que par conséquent elles ne sauraient augmenter les droits de ces individus privilégiés envers la Société, mais bien leurs devoirs.

C'est, croyons-nous, oublier un des principaux mobiles qui poussent les hommes à agir : l'intérêt personnel, et être victime d’une foi par trop optimiste.

Les socialistes, se rendant au contraire bien compte qu’une égalité aussi absolue est impraticable, qu'elle entraverait le progrès, la civilisation dans sa marche, remplacent cet idéal de justice-égalité par un idéal de justice, de proportionnalité dans la répartition des biens, ce qui laisse à l'inégalité un certain domaine. « À chacun selon son travail. »

Une doctrine intermédiaire à signaler, et partagée par un certain nombre de socialistes, est celle de Louis Blanc : elle consiste, sans grande originalité, à combiner les deux précédentes : il faudrait admettre l'idéal de proportionnalité comme nécessité provisoire, l'idéal

d'égalité comme but.

. I. — Évolution du socialisme'.— L'évolution du socialisme sur ce point est remarquable et nous intéresse particulièrement :

Il y a là, en effet, une concession certaine à la thèse individualiste. En mème temps que le socialisme se sépare de plus en plus nettement de l'utopie de ses premiers penseurs et de l'utopie communiste égalitaire, il fait à l'inégalité une part de plus en plus grande. C'est que ces doctrines essentiellement égalitaires, non seulement se sont heurtées à des impossibilités matérielles qui les ont forcés à fléchir devant les faits, mais qu'en enlevant aux individus un des principaux mobiles de l’activité humaine : l'intérêt personnel, elles supprimaient toute émulation, tout esprit d'initiative. Pour ne pas compromettre la marche progressive de Phumanité et devant la nécessité des faits, la majorité des socialistes abandonnent ainsi leur idéal parfait de justice : l'égalité absolue.

On a fort justement remarqué que cette évolution du socialisme vers un sens plus pratique des faits

avait quelque chose d’analogue à l’évolution du chris-

1. Cf. sur l’évolution du socialisme en général : DOMELA NIEU- VENHUIS, 0p. cit. — KE. FAGUET, La Grande Revue, nes 11 et 12, novembre et décembre 1898 : Le socialisme en 1898. — Le parti socialiste est devenu sur beaucoup de points un parti parlementaire simplement réformateur, qui tend à se fondre avec le parti radical, d’où cette conclusion de M. Faguet : « Le socialisme est devenu un simple parti réformiste, un parti démocratique à tendances égalitaires » qui pourrait prendre pour maxime générale : « Amélioration physique et morale de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre », p. 383 : Grande Revue, décembre 1898.

tianisme : « Le christianisme commence par être un rève d'égalité et de fraternité universelles, dit M. Faguet, après M. Domela Nieuwenhuis. Fléchissant sous les faits, il finit par ètre une simple doctrine de charité adoucissant les inégalités inévitables et les compétitions inhérentes à l'humanité... »

« De mêmele socialisme commence par être Le socialisme, c'est-à-dire le tout à tous et l'égalité absolue. Fléchissant sous les faits il devient une doctrine de charité sociale et d'association pour le secours entre malheureux, ce qui va contre son principe. Certes il a changé, ce qui en reste est encore bon et surtout il est praticable*. »

La théorie de Darwin, la lutte pour l'existence, n’a pas été sans jouer un rôle important dans cette évolution. En proclamant que l'inégalité était une loi de nature, elle à fait mieux comprendre que les hommes n'auront jamais les mêmes besoins, les mêmes capa- ‘cités (ce qui du reste rendrait toute vie sociale impossible), ni, par là mème, des situations semblables ; que les inégalités sociales ne pourraient que s'atténuer dans ce qu'elles ont de trop choquant sans Jamais aboutir à une égalité matérielle rèvée.

L’aspiration du socialisme vers une égalité future s'est donc de plus en plus limitée à une simple égalité du point de départ visant à supprimer les privilèges,

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