‹ Darwinisme et Socialisme des Sciences PolitiquesChapitre 47 sur 60 · L. BOURGEOIS, op. cit, p. 96, note · texte numérisé non relu

L. BOURGEOIS, op. cit, p. 96, note

« L'histoire, bien comprise, fait voir que la guerre évolue toujours dans un certain sens et que cette direction, cent fois reproduite, facile à démèler en somme à travers les broussailles et les enchevêtrements historiques, est propre à nous faire augurer sa future disparition après sa raréfaction graduellef, »

« Il est vrai qu'alors mème que la guerre aura pris

fin, toute lutte douloureuse entre les hommes n'aura point disparu. Il en est d’autres formes, la concurrence notamment. Mais à la concurrence aussi, opposition sociale d’ordre économique et non plus politique, ce qui vient d’être dit peut être appliqué. Comme la guerre, la concurrence va du petit au grand, du très petit très nombreux au très grand très peu nombreux ».

Aïnsi, comme la guerre, la concurrence en s’élargissant s’atténue dans sa forme, se transforme dans son contenu, se raréfie pour aboutir probablement à un accord final que nous pouvons entrevoir.

« En résumé, l’opposition lutte dans nos sociétés humaines, sous ses trois formes principales : guerre, concurrence et discussion, se montre à nous comme obéissant à la même loi de développement par voies d’apaisements intermittents et grandissants, qui alternent avec une alternative de discorde amplifiée et

centralisée jusqu’à l’accord final, au moins relatif. »

4, TARDE, op. cit., p. 104 et suiv.

En un mot, la lutte pour l'existence tendrait même à disparaître entièrement. Quelle que soit la valeur de ces prévisions, une telle théorie (partagée du reste par certains auteurs à tendances socialistes" qui admettent que la lutte pour l'existence perdrait, comme loi, toute application si le socialisme se réalisait, parce que dans notre société cette loi est essentiellement viciée dans ses effets) ne serait certes pas compatible avec la loi de Darwin considérée comme une loi immanente et nécessaire de l'humanité. Comment alors répondre à cette objection de M. Garofalo qui subsiste, du reste, de toute manière pour l'époque actuelle, La loi de Darwin est-elle conciliable avec une doctrine qui voudrait assurer à tous les hommes l'existence matérielle de façon qu'ils n'aient plus à s’en préoccuper?

M. Ferri considère qu’il n'y a pas là une contradiction nécessaire : il argumente de ce qu'il appelle la « transformation du contenu » de la lutte pour l’existence.L a constitution de la société a été une tentative de réaction contre le « struggle for life. » Depuis lors l’histoire de la société n'a été qu'une série de luttes pour conquérir l'égalité. D'abord on a lutté pour l'égalité civile (abolition de l'esclavage) ; puis, une fois conquise, pour l'égalité religieuse et l'égalité politique ; enfin aujour-

d'hui, on lutte pour l'égalité économique, non pas une

1. Particulièrement DE LANNESSAN, 0p. cil.; IZOULET, 0p., cit. p.377; LORIA,;, Problèmes sociaux contemporains : Le Darwinisme social : (Biblioth. intern. sociologique) : Paris, Giard et Brière, 1897.

égalité absolue, mais une égalité telle que nous l'avons définie, qui en échange d’un travail fourni par chacun assurerait, seulement, à l'individu le pain quotidien.

Cette atténuation progressive de la lutte que nous venons d'étudier permettrait de prévoir et de prédire la réalisation de cette nouvelle conquête sur la loi de Darwin qui, atténuée et transformée une fois de plus, revêtirait des formes plus humaines et plus douces, « des formes intellectuelles ».

Nous craignons qu'il n'y ait ici un nouvel abus de cette superstition du progrès chère aux socialistes, de cette foi optimiste dans un monde toujours meilleur. L'idée d'évolution, nous l’avons vu, implique celle de régression, de décadence. L'homme pourra-t-il se soustraire entièrement à cette loi dont, comme tous les autres êtres, il est serf : la loi de la faim? Existera-t-i] un équilibre suffisant entre les deux grands facteurs de la lutte pour l'existence :'la nutrition et la reproduction, pour que, dans une organisation sociale future la satisfaction de ce besoin essentiel : manger, soit assurée à tous?

Tel est assurément le désir et l’idéal de tous. Autre chose est de savoir si nous pourrons le réaliser : et il semble bien qu'ici la réponse soit réservée à l'avenir.

Toutes prévisions sociologiques mises à part, ce qui est certain, c’est qu’un tel équilibre détruirait en grande partie les effets de la loi de Darwin, peut-être même

en ce qu'elle a de fondamental.

C'estque, d'autre part, si l’histoire dans une certaine mesure, comme le remarque M. Ferri, nous permet de prévoir de nouvelles atténuations, de nouvelles améliorations, certaines et désirables, nous ne pouvons cependant en rien, ni savoir en quoi elles consisteront exac-

tement, ni savoir à quel point ellés s’arrêteront.

2 Part nécessaire, mais restreinte de la concurrence. —- L'argument, tel que nous venons de l’exposer, combat plutôt la théorie de Darwin qu'il ne la concilie avec le socialisme. Poussé à l’extrème, il conduit certains socialistes à nier l'existence de toute concurrence, de toute lutte dans leur organisation future; au contraire, pour les auteurs soucieux de concilier les deux doctrines, il les entraine à rejeter cette conséquence dernière et à considérer la loi de la lutte pour l'existence comme une loi naturelle qui, tout en changeant de formes, ne s’en imposera pas moins à l'humanité. |

Pour ces derniers, la lutte pour l'existence se transformerait même jusqu'au point d’assurer à tous le pain nécessaire à Ja condition que tous travaillent, mais elle n’en resterait pas moins « une loi qui domine

fyranniquement tous les êtres vivants »; « une loi

inséparable de la vie et par conséquent de l'humanité

k Ë RER elle-même..., immanente et continue ».

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