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Un autre socialiste, M. Georges Renard, reconnait également ce caractère indestructible de la lutte pour la vie, de la concurrence.
« Dès qu'il y a société, il s'établit entre les individus une double série de rapports.
« D'une part, comme tous ces individus aspirent ainsi que lui-même à se développer intégralement, il y à conflit entre des volontés rivales, combat entre des forces opposées ou divergentes, chots violents ou compétitions sourdes entre des convoitises qui travaillent toutes pour se satisfaire. C'est la lutte pour la vie.
« D'autre part, comme ces mêmes individus se reconnaissent pour semblables, comme ils éprouvent les uns pour les autres une sympathie tantôt faible, tantôt très forte..…., il y a, entre eux, dépendance et union plus ou moins étroite pour se faire une existence plus douce et plus sûre, pour être plus forts contre la nature environnante, contre les bêtes, contre les autres hommes ; groupement d'intérèts analogues, coopération d'efforts et division du travail en vue d’une œuvre commune. C’est la coalition pour la vie. »
Concurrence et solidarité, tels seraient donc les caractères nécessaires et endestructibles de toute société: l’un correspondant à la loi de la lutte pour l'existence, l'autre à la loi de solidarité ; concurrence entre ses
membres « pour l'expansion complète de chaque indi-
1. Cf. Georges RENARD, Le régime socialiste. Alcan, Paris, 1898. p. 67 et 40.
vidualité »; solidarité entre eux « pour le mieux être de tous et de chacun ».
Toute la question sociale consiste à les concilier.
« Quoi qu'il arrive, écrivait déjà M. Dramard', nous ne croyons pas à la possibilité de supprimer complètement la concurrence entre les hommes et ses conséquences au point de vue du perfectionnement de l’espèce. » Mais « pour que cette émulation soit profitable, il faut, en premier lieu, que les supériorités physiques ou morales ne soient pas écrasées d'avance par des supériorités conventionnelles de privilèges ou d'argent... Il ne faut pas, en second lieu, que toutes les forces des humains soient uniquement employées à se disputer les objets indispensables à la conservation de l’existence. »
Il déterminait ainsi, en la restreignant aux deux points de vue que nous avons étudiés, la limite que, comme socialiste, il croyait pouvoir assigner à la concurrence.
Ce qu'il est, pour nous, particulièrement intéressant de constater, c’est que, si les deux doctrines deviennent en quelque sorte compatibles, cette conciliation résulte en grande partie, comme nous venons de le voir par ces différentes citations, d'une concession nouvelle à la loi de Darwin, à la thèse individualiste.
Comme plus haut, le socialisme s’infléchit en quelque